Légende de Lalla Sitti – 3ème partie et fin

Parmi les saintes femmes de nos contrées, Lalla Setti

(Celle qui n’avait dans son cœur aucune place pour un autre qu’Allah)

Dès les premiers instants où Dawiya et ses proches amies posèrent le pied sur la trace des pas du Prophète et de ses nobles compagnons, elles prirent un soin extrême à agir conformément à la tradition mohammedienne.

Respectant scrupuleusement l’itinéraire du ‘’hadj», elles suivirent – à l’intérieur du Haram ech-Charif- les sept tournées autour de la Kaâba ; elles accomplirent ensuite les processions rituelles entre Safa et Marwa ; puis elles firent de nombreuses prières et des voeux devant la Pierre Noire, Mûltazîm, la Station d’Ibrahim et le puits millénaire de Zem Zem. Chaque étape était entrecoupée par les deux ‘’raqâtes» en signe de soumission absolue à Dieu Créateur de la vie et de la mort : «- Ô Sexigneur, ouvre pour nous les portes de Ta Miséricorde et de Ton Pardon !» Elles ne purent retenir leurs larmes devant l’admiration qu’elles ressentirent à la vue de la majesté des lieux : à vrai dire, aucun mot dans aucune langue humaine ne pouvait décrire la beauté de ce noble édifice appelé le Temple Sacré.

«- Dans cette atmosphère angélique s’il en fut, Dawiya, transportée d’un bonheur à nul autre pareil, ferma un instant les yeux. Elle entendit, lui semblait-il au fond de sa conscience, comme une voix qui disait : «- Remercie ardemment ton Seigneur qui t’a permis de visiter Sa Maison et sois profondément reconnaissante pour les dons qu’il t’a octroyés».

Après Tawaf el-wadaâ- la tournée d’adieu, «les habitants des rives de l’Euphrate» allaient patienter quelques jours en attendant le départ de la caravane de Syrie, suivi de celui de la caravane du Maghreb ; ensuite les pèlerins de Bagdad prendront finalement le chemin du retour. Décidant d’approfondir ses connaissances en sciences traditionnelles, Dawiya tira profit de ces journées en suivant les leçons des chaykh de la Mecque. Jamais rassasiée de culture et de savoir, elle se fit remarquer par sa piété et son assiduité auprès des milieux soufis de la Ville Bénie. Ne disposant d’aucune ressource, elle vivait des aumônes que ses fidèles déposaient à son intention dans la médersa familiale des Qadriya. Chaque fois que des compatriotes arrivaient à la Mecque, ils lui faisaient parvenir les dons qui lui étaient destinés. Elle en dépensait une modeste partie et distribuait le reste en «sadaqa rituelle» aux pauvres. A ceux-là elle demandait de faire une prière au profit de leurs bienfaiteurs. En même temps elle intercédait auprès d’Allah pour les bonnes âmes qui lui avaient confié leur argent. Ce fut, paraît-il, à cette époque qu’on lui donna le nom de Wassila (l’intermédiaire) !

L’énigmatique «Arif» venait d’achever la lecture de sa qacida. Il plia méticuleusement en quatre son manuscrit, le glissa sous sa gandoura puis, silencieux, il s’en alla sans demander son reste…

A partir d’autres sources de nouvelles informations vinrent compléter notre étude; de la sorte, nous sommes aujourd’hui en mesure d’affirmer que cette grandeur d’âme qui remplissait son coeur, Dawiya l’avait héritée de ses ancêtres ! Certes, les Irakiens de l’avis de tous les musulmans demeuraient gens amènes, aimables et possédaient, de surcroît de bonnes grâces naturelles, De certitude, aucun peuple sur terre n’égalerait leur générosité débordante et encore moins leur disposition pour la charité. Ceci fut certifié par de nombreux voyageurs :

«- Les habitants de l’Irak font de nombreuses aumônes aux personnes assidues du «Haram ech-Charif». Je les ai vus, écrivit un pèlerin, circuler autour du Temple la nuit et offrir des étoffes et de l’argent aux visiteurs de la Maison de Dieu ainsi qu’aux Mecquois qu’ils rencontraient. Ils agissaient de même avec ceux qui contemplaient l’illustre Kaâba. Souvent ils trouvaient un individu endormi ; alors ils plaçaient dans sa bouche de l’or ou de l’argent jusqu’à ce qu’il se réveillât. Ils firent tant d’actes de cette espèce, répandirent tant d’aumônes que le prix de l’or baissa considérablement à la Mecque !» (Les voyages d’Ibn Battûta, T. I, page 405).

La mémoire populaire retient qu’à l’exemple de son père, Moulana Abdelkader Djilani, sa fille aussi Dawiya el-Wassila finit d’entreprendre de longs voyages. Dès son retour du pèlerinage elle informa ses frères de son désir d’accomplir sa «Siyaha» qu’impose la tradition mystique. Elle visita les pays d’islam les plus importants : sa patrie, l’Irak bien évidemment, puis le Hidjaz, le Yemen, la Syrie, la Turquie et plus particulièrement l’Anatolie, entre autres.

Cependant son arrivée à Mechehad Ali en Iran se fit à un moment particulier car cette ville historique vivait pleinement dans l’effervescence du pèlerinage annuel des chîtes. Les gens se mêlaient dans une diversité à la fois grande et riche. Ce qui frappait le plus l’observateur averti, ce fut que «l’air et les hommes circulaient en liberté» dans cette succession «de souvenirs qu’ils tachaient de faire revivre avec ferveur» !

Il y avait des écoles, des médersas, une fabuleuse bibliothèque. Ici la communauté évoluait dans «une forte cohésion». Les légendes y restaient merveilleuses notamment l’une d’elles que les habitants appelaient «la nuit de la vie». On y voyait en outre des tombeaux qu’on disait d’Adam et de Noé ; de nombreux voyageurs les visitaient. Toutefois c’était le mausolée du Calife Ali qui attirait les grandes foules ! Ce magnifique sanctuaire était d’une rare beauté, il rayonnait, assurément, d’une lumière qu’on disait divine !

Le séjour de Dawiya el-Wassila à Mechehad lui fut hautement profitable ; elle se rendit dans des écoles et des médersas où elle assista aux conférences des grands chaykh.. La noblesse de ses origines lui fit ouvrir toutes les portes ; du reste, les dignitaires chîtes la reçurent avec beaucoup d’égards !

Elle avait gardé des jours qu’elle passa à Mechehad des instants impérissables. Pendant ce temps sa réputation de sainteté s’étendit rapidement. Il arriva que les milieux mystiques de Bagdad la jugèrent ainsi : «D’entre les gens du Coran et de la Tradition, elle était l’ascète la plus avancée de son époque» Et pour beaucoup, elle «fut parmi les personnes les plus intelligentes de son temps» Nulle doute aussi, que d’aucuns la considérèrent comme «le levain de sa communauté à une époque où les siens entrèrent dans une période incertaine pour les uns, chaotique pour d’autres !»

Après la mort de son frère chaykh Aïssa à Karaf en 1178, elle perdit en quelques années ses frères : chaykh Abdellah décédé à Bagdad en 1193 suivi par chaykh Brahim puis chaykh Abdelouahab morts respectivement près de Koufa en 1196 et à Bagdad en 1197.. Quant à chaykh Abdelaziz sa disparition aurait eu lieu à Bagdad vers la fin de l’année 1200 ; il fut remplacé à la direction de la Tariqa Qadriya par son fils chaykh Sidi Mohammed el-Hannak dès les premiers jours de 1201.(*)

(*) – A partir de cette époque, de nombreux descendants de grands maîtres de la Voie, choisirent d’essaimer à travers le monde de la Vraie Religion. Par la suite, la postérité de chaykh Brahim et celle de chaykh Abdelaziz se fixèrent en Andalousie, avant d’émigrer à Fes et à Tlemcen après la chute de Grenade en 1492. De là date, dans l’histoire du Maghreb, la chute du dernier royaume musulman d’Espagne, ensuite de la découverte de l’Amérique ainsi que l’expulsion, à une grande échelle, des juifs d’Espagne après ceux d’Angleterre, de France et d’Allemagne entre autres.

Certains hagiographes rapportaient, qu’après la mort de son frère aîné, Dawiya el-Wassila se rendait souvent au sanctuaire de son père. Elle passait de longs moments à prier sur sa tombe. Or une nuit, alors qu’elle venait d’achever, pour la troisième fois de suite, la récitation complète des soixante versets du Livre Révélé, elle finit de s’assoupir au pied du cénotaphe béni. Sans que la volonté de la sainte y ait aucune part, il advint alors que Sidi Abdelkader se présenta dans son esprit :

«- Dawiya, tu dois aller vers le couchant et ouvrir notre Voie à nos frères en Dieu. La cité d’Abû Madyan Choaïb t’accueillera comme elle l’avait fait pour mon ami ; c’est la patrie des aimés d’Allah !»

Nul ne sait avec certitude quand la sainte fille du fondateur des Qadriya rejoignit Tlemcen. Nous adhérons, en ce qui nous concerne, à l’opinion de ceux qui avancent la date de la fin de 12O1, ceci pour une raison qui nous semble évidente : le Chaykh al-Akbar Mahieddine Ibn Arabi visita deux fois notre ville, en 1194 d’abord, puis quelques temps plus tard, entre 1200 et 1201 sur le chemin de Fes vers Bedjaïa. Or il ne fait nulle mention dans ses œuvres de la présence dans la cité, de Dawiya al-Wassila !

A l’évidence, même si Abdelkader Djilani n’avait pas encore de sanctuaire ou de mosquée portant son nom il fut, à proprement parler, dignement représenté par sa fille. Dès son arrivée, elle ne se trouva jamais solitaire à Tlemecn. Partout où elle allait elle fut reconnue et aimée «parce qu’elle portait le poids de son message fait de cette ferveur à croire qu’à la fin de nos péchés la porte de ‘’l’Ultime Pardon» s’ouvrirait toute grande pour nous accueillir tous tant que nous sommes.»

Bien qu’elle n’eut besoin que de peu de place afin d’accomplir ses œuvres d’adoration, elle finit d’adhérer aux traditions séculaires du pays ; du reste ce qu’on nommera plus tard «el-djemâ» – ou réunion mystique spécifiquement feminine – ressemblait aux «samaâ» auxquels elle avait pris part à Bagdad comme à Damas ! D’ailleurs ce qui l’avait frappé les premiers temps à Tlemecn, ce fut incontestablement la «liberté» dans laquelle les femmes vivaient au sein de la société, particulièrement par les responsabilités qu’elles assumaient au foyer ou en dehors de celui-ci et dont l’origine remontait, disait-on, très loin dans l’histoire de la communauté !

Dawiya el-Wassila, du temps où elle étudiait dans la médersa Qadriya, s’était liée d’amitié avec une jeune fille de son âge originaire des environs de Sanâa au Yemen. Celle-ci y avait connue, une vieille esclave noire «dont la vie tout entière était remplie de contemplations et de prières intenses. Et quoique son influence spirituelle fut grande elle ne dévoila jamais son «maqam» ; elle garda le secret sur son rang dans la hiérarchie du Tasawwuf ! «- Chez nous, plus qu’ailleurs, lui dit-elle un jour, une femme ne peut lire le Coran qu’à fleur de lèvres tant il nous était interdit de le lire à haute voix. Je l’avais fait une fois alors que je me trouvais dans une assemblée de femmes. Cela avait suffit pour que toutes, d’habitude si volubiles et la mine ouverte, se fermaient à mon approche. Je reçus par la suite des sœurs ou des épouses de fouqaha qui m’invitèrent poliment mais fermement à ne plus me mêler de ce qui n’était pas de mon ressort comme si on voulait nous faire admettre que notre religion était exclusivement une affaire d’hommes !»

Au cours de ses voyages dans de nombreux pays Dawiya al-Wssila avait vu des Awliya Allah se déplacer dans les airs ou sur l’eau, d’autres qui parcouraient rapidement de grandes distances, ceux qui subsistaient sans nourriture, pendant que certains disposaient de la perception de lire dans les âmes, ainsi que plusieurs choses que l’on racontait sur les saints ; cependant elle gardait le silence sur tout cela. En outre elle avait souvent constaté, tout au long de son expérience mystique, que des personnes donnant parfois l’illusion d’être des hommes de sagesse manifestaient à la moindre occasion une hostilité systématique à l’encontre des femmes pour quelques raisons que ce soit ! «Ce fut pourquoi, du reste, la plupart des saintes cherchèrent refuge, au cours des siècles, dans la vénération populaire !»

Dans sa nouvelle vie au cœur de cette ville qui l’avait accueillie à bras ouverts, elle avait l’impression qu’elle y avait toujours vécue ! «Son état spirituel devenait de plus en plus puissant. Elle servait les initiés et suivait la Voie avec une sincérité inflexible…Vouée à l’exaltation de la Majesté Divine elle n’accordait aucune valeur à elle-même !»

Très proche des gens elle répondait à toutes les sollicitations, priait pour chacun et partageait avec tous le bonheur de s’approcher chaque jour davantage du Créateur, Allah le Miséricordieux, le Maître des cieux et de la terre !..L’affection qu’elle suscitait au coeur des femmes et des hommes fut si profonde qu’on lui donna désormais le nom de Lalla Setti ! (*)

(*) – Ces deux termes d’origine berbère ont approximativement le même sens : «ma chère» ; ajoutons,toutefois que Setti est un prénom féminin employé depuis des temps immémoriaux :

– A Alger, il existait à Ruisseau une mosquée, construite vraisemblablement vers 1660, appelée Mesdjid Setti Meriem. Cette sainte femme appartenait à une famille aisée ; elle consacra une partie de sa fortune à ce lieu de prières et de savoir dont elle fut «maqadma». Cet édifice sera démoli par l’admiration française durant les premiers temps de l’occupation en 1837.

– Au printemps, les dévots d’Alger, de Blida et des contrées environnantes «venaient à Meliana baiser avec une grande révérence la châsse (catafalque) de Sidi Ahmed Benyoucef El-Meliani, le saint tutélaire de cette cité. Né près de Mascara vers 1433 semble-t-il, il mourut en 1524 ; parmi ses quatre épouses il y avait une qui s’appelait Setti Bent Amr el-Maschrati. (Certains auteurs coloniaux – si justement appelés «le tout venant» – prétendaient qu’il s’agissait de la sainte Lalla Setti el-Wassila Dawiya Bent Sidi Abdelkader Djilani (née vers 115O à Bagdad et morte à Tlemcen au début du XIII ème siècle !).

– Hadj Mohammed Ben M’Saïb (1689? – 1768) dans son magnifique chef-d’œuvre, écrit en 1747 à Aïn el-Houts, «Ô amis d’Allah secourez le traqué» consacra quelques vers, que nous citerons plus loin, à Lalla Setti.

– Dans «Ya daw a’yâni» le barde aveugle Boumédiène Bensahla, en citant un grand nombre de prénoms féminins, «plus charmants les uns les autres», associe par une sorte de «dévoilement poétique» le terme de Setti à celui de Rabéâ!

Lalla Setti enseignait aux femmes qui venaient la consulter, pour finir du reste par devenir ses disciples, que «le Livre d’Allah, la Chariâ, et la Sunnâ prophétique demeuraient les piliers de la connaissance ; il n’était nul besoin d’aller chercher ailleurs pour trouver les fondements de l’enseignement soufi, sa pratique et son inspiration.»

Elle insistait auprès de ces femmes afin «qu’elles soient exemplaires et qu’elles ne négligeraient rien pour le devenir !» Elle assurait également «que toutes prières dites dans la sérénité comme dans la douleur, étaient bonnes parce qu’elles allégeaient le cœur et soulageaient l’âme des fidèles!»

Qui nous empêche de tenir pour vrai qu’au terme de sa vie Lalla Setti «avait un cœur fort et pur, ainsi qu’une noble énergie spirituelle !». Parmi les êtres qui bénéficièrent de la Karama Divine «on rencontrait rarement quelqu’un qui possédait une telle maîtrise de son âme !». Dieu l’avait doté d’une «Baraka immense et d’une sérénité inimaginable». Qui oserait nier qu’elle disposait du don «d’exprimer les pensées des autres». Certains initiés affirmaient que ses pouvoirs étaient véridiques. Celles et ceux qui l’avaient approchés assuraient l’avoir vu accomplir bien des merveilles !

Interrogeons l’histoire afin de rappeler les évènements marquants de l’époque : à la réflexion les temps étaient pénibles pour tout le Maghreb musulman. En effet de 1184 à 1210 les Banû Ghania de triste mémoire semèrent durant près de quarante ans la mort et la désolation partout. En 1212 la défaite subie par notre marine à Las Navas de Tolosa allait faire entrer la dynastie Almohade en régression. Après la mort du sultan Mohammed Nacir en décembre 1213, son fils Youcef el-Mountacer le remplaça à la tête de l’empire ; malheureusement ce n’était encore qu’un enfant ; il mourut en 1223 !

Pour tout dire, nous ignorons la date exacte du décès le Lalla Setti ; cependant, nous nous rangeons du côté de ceux qui la fixent autour de 1222, c’est-à-dire durant ces évènements difficiles que nous venons d’énumérer. Ainsi, environ huit cents ans après sa disparition, la sainte fille de «sidi Abdelkader moula Bagdad veille toujours sur le pays et les gens (el-blad wal îbâd)». Comme chacun le sait, la qûbba de Lalla Setti se trouve au bord de la falaise, sur le majestueux plateau dominant Tlemcen et qui porte le nom de notre vénéré sainte : une sociologue nous en a laissé la description suivante :

«- L’édifice était composé de deux pièces ; l’une d’elles, surmontée d’un dôme recouvert de tuiles, abritait le cercueil de Lalla Setti drapé de velours vert» finement brodé de fils d’or et d’argent. De nombreux objets votifs, offerts sans doute en vertu d’un vœux exaucé, remplissaient l’endroit : aux coins des murs étaient rangés des étendards lourds de poussière ; deux vieux candélabres maculés de cire portaient encore des moignons de chandelles ; étalés sur le sol des tapis ainsi que des couvertures usés jusqu’à la trame s’offraient aux visiteurs.. A l’entrée de la qûbba, une gardienne âgée attendait les heures de prières tout en égrenant son chapelet. Dehors se trouvait un modeste cimetière entouré d’un vaste espace.

Lalla Setti arrive en deuxième position après Sidi Boumédien Choaïb, dans le coeur des habitants du pays. Au cours des siècles de nombreux savants, certains venus de loin, avaient choisi ces lieux bénis afin d’accomplir «leur période de kheloua» pour vivre de prières et de dévotions en quête de bénédictions divines. (*)

(*) – A titre d’exemple citons le grand prédicateur Mohammed Ben Iça dit el Bettiouy – cousin maternel du professeur Saïd el Maqqary – s’y retira au début de sa vocation religieuse (comprendre : son entrée dans la Voie). Cet homme de Dieu, longtemps muphti de Tlemcen, mourut à la Mecque où il fut enterré.

Ce modeste monument serait daté de la fin du XIIIème siècle ou du début du XIV ème. Fut-il pris pour modèle dans la construction du sanctuaire de sidi Hafif Tilimsani (1213-1291) situé à Terny ? Tout nous le laisse croire ! Sans aucune prétention architecturale, ces hauts lieux de mémoire portent témoignage, par leur simplicité, de l’humilité de nos grands savants en l’honneur desquels ils furent construits.

Lalla Setti, grâce à la Baraka qu’Allah lui aurait accordée est sollicitée par tous, plus particulièrement nos femmes qui «ont avec elle des liens basés sur la relation personnelle, sans aucun intermédiaire.»

Dans ses mémoires le grand leader de l’Algérie libre, Hadj Ahmed Messali écrit, en page 21 : «Chaque année les tlemcéniennes sortent en famille à la ‘’rencontre du printemps» en grimpant la colline qui conduit à la qûbba blanche de Lalla Setti. Là, elles prennent le café ou le thé en mangeant des gâteaux au miel. Du plateau qui abrite le mausolée…on a une vue splendide ; des forêts d’oliviers, d’immenses domaines de verdure s’étendent sous le ciel bleu…les voyageurs s’arrêtent pour admirer ce paysage impressionnant de grandeur et de beauté. Après le thé les tlemcéniennes font des vœux (d’intercession) à Lalla Setti pour que leurs enfants, leur mari et toute la famille restent en bonne santé et trouvent de quoi améliorer leurs moyens d’existence !»

De l’élégant belvédère on devine la cohabitation des villes qui furent successivement édifiées depuis des millénaires : Agadir, puis Pomaria, Tagrart jusqu’à Tlemcen de nos jours, sont autant de pans de l’histoire de notre noble cité «et Lalla Setti n’en représente que davantage la permanence de ce passé hautement prestigieux» !

Que de fois nous nous sommes tenus au bord de la célèbre falaise, au dessus des rumeurs de la ville, pendant que le poème immortel de Hadj Mohammed Ben M’Saïb (nous l’avons cité plus haut) remplissait notre mémoire :

Je te salue Lalla Setti
Toi la vigie du pays
Tu intercèdes pour les hommes
Tu es la sultane des femmes
Ta demeure est au sommet du Djebel
Assise sur (de solides) rochers
Salut à toi el-Wassila
Qui veille sur Tlemcen.

par Omar Dib Le Quotidien d’Oran – mai 2010

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