Le Méchouar

Mechouar_de_Tlemcen

C’est au Méchouar, dit un écrivain, qu’Abou Tachfin possédait un arbre d’argent sur lequel on voyait toutes sortes d’oiseaux de l’espèce de ceux qui chantent. Un faucon était perché sur la cime. Lorsque les soufflets qui étaient fixés au pied de l’arbre étaient mis en mouvement et que le vent arrivait dans l’intérieur de ces oiseaux, ceux-ci se mettaient à gazouiller et faisaient entendre chacun son ramage qui était facile à reconnaître. Lorsque le vent arrivait au faucon, on entendait l’oiseau de proie pousser un cri, et, à ce cri, les autres interrompaient tout à coup leur gazouillement.

C’est encore au Méchouar que le sultan Abou Hammou Moussa II célébrait la fête du Mouloud (la naissance du Prophète), avec beaucoup plus de pompe et de solennité que les autres. Pour cela, il faisait préparer un banquet auquel étaient invités indistinctement les nobles et les roturiers.

On voyait dans la salle, où tout le monde était réuni, des milliers de coussins rangés sur plusieurs rangées, des tapis étendus partout, des flambeaux, dressés de distance en distance, grands comme des colonnes. Les seigneurs de la Cour étaient placés chacun selon son rang, et des pages revêtus de tuniques de soie de diverses couleurs, circulaient autour d’eux, tenant des cassolettes où brûlaient des parfums et des aspersoirs avec lesquels ils jetaient sur les convives des gouttes d’eau de senteur, en sorte que, dans cette distribution, chacun avait sa part de jouissance et de plaisir.

Ce qui excitait surtout l’admiration des spectateurs, c’était la merveilleuse horloge qui décorait le palais du roi de Tlemcen. Cette pièce de mécanique était ornée de plusieurs figures d’argent, d’un travail très ingénieux et d’une structure solide.

Au-dessus de la caisse s’élevait un buisson et, sur ce buisson, était perché un oiseau qui couvrait ses deux petits de ses ailes. Un serpent, qui sortait de son repaire situé au pied de l’arbuste, grimpait doucement vers les deux petits qu’il voulait surprendre et dévorer.

Sur la partie antérieure de l’horloge étaient dix portes, autant que l’on compte d’heures dans la nuit, et à chaque heure, une de ces portes tremblait en frémissant ; deux portes, plus hautes et plus larges que les autres, occupaient les deux extrémités latérales de la pièce.

Au-dessus de toutes ces portes et de la corniche, on voyait le globe de la lune qui tournait dans le sens de la ligne équatoriale et représentait exactement la marche que cet astre pouvait suivre dans la sphère céleste.

Au commencement de chaque heure, au moment où la porte qui la marquait faisait entendre son frémissement, deux aigles sortaient tout à coup du fond des deux grandes portes et venaient s’abattre sur un bassin de cuivre, dans lequel ils laissaient tomber un poids, également en cuivre, qu’ils tenaient dans leur bec ; ce poids, entrant par une cavité qui était pratiquée au milieu du bassin, roulait dans l’intérieur de l’horloge.

Alors le serpent, qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement aigu et mordait l’un des petits oiseaux malgré les cris redoublés du père, qui cherchait à le défendre.

Dans ce moment, la porte qui marquait l’heure présente s’ouvrant toute seule, il apparaissait une jeune esclave , douée d’une beauté sans pareille, portant une ceinture en soie rayée ; dans sa main droite, elle présentait un cahier ouvert où le nom de l’heure se lisait sur une petite pièce écrite en vers ; elle tenait la main gauche appuyée sur sa hanche, comme quand on salue un calife.

Source : Voyages à travers l’Algérie de GEORGES-ROBERT – 1891

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