Nédroma

nedroma

UNE MÉDINA DE L’OUEST ALGÉRIEN : NÉDROMA

Nedroma est une petite ville située dans l’Ouest algérien, sur le versant nord de la montagne du Fillaoussène. Vieille cité berbère, berceau des Almohades, tiraillée entre le Maroc et l’Algérie, elle avait conservé jusqu’à ces dernières années les apparences et le caractère d’une cité musulmane. Alors que sa personnalité s’estompe dans l’uniformité de la civilisation moderne, alors que ses vestiges matériels eux-mêmes disparaissent, laissant échapper les rares traces de l’histoire au Maghreb, les pages qui suivent voudraient rappeler le rôle important joué par cette médina dans l’histoire de l’Algérie.

I – DES ORIGINES AUX ALMOHADES

Il n’y eut certainement pas de ville romaine à l’emplacement de Nédroma. Léon l’Africain est à l’origine de cette légende, de même qu’il est à la source de la fausse étymologie du nom de Nédroma : « Ned-Roma », « rivale de Rome ». Au siècle dernier, Louis Piesse voulut voir en Nédroma la Kalama des Romains. Cette hypothèse a été abandonnée. Il ne fut jamais découvert de vestiges ni d’inscriptions pouvant attester une implantation romaine à Nedroma.

Selon René Basset, l’emplacement de Nédroma aurait été d’abord occupé par la ville berbère de Falousen dont parle Al-Ya’goubi dans son livre « Kitâb-al-buldân » (278H/891-892). On sait que la chaîne de montagnes à laquelle est adossée la ville porte aujourd’hui encore le nom de Fillaoussène.

C’est entre le IXe et le XIe siècle que la ville de Falousen (ou Fallaousen) a dû prendre le nom de Nedroma. Ce nom est celui d’une tribu berbère, branche des Koumia, descendants de Faten, selon Ibn Khaldoun. On remarquera que la ville et le nom de Nédroma existent dès l’époque almoravide, et très probablement avant.

Le nom de Nedroma est en effet mentionné pour la première fois par Al-Bekri (1068), qui le situe au pied d’une grande montagne, le Fillaoussène. « Au nord et à l’occident de la ville s’étendent des plaines fertiles et des champs cultivés. Elle est à dix milles de la mer ; c’est une ville considérable entourée de murailles et possédant une rivière bordée de jardins qui produisent toute espèce de fruits ».

Nedroma était reliée à la mer par la vallée de l’Oued Masin, qui aboutissait au port de Masin, toujours selon Al-Bekri. On ignore si ce port correspond à la baie de Nemours – Ghazaouet, ou à celle de Sidna Youcha. Cependant A. Bel penchait pour cette dernière hypothèse, car il avait relevé qu’une montagne dominant à l’est la baie de Sidna Youcha était nommée Djebel Masil.

Une autre description de Nedroma nous est fournie par Al-Idrissi, vers l’an 1164 (559 H)
« Nedroma, ville considérable, bien peuplée, ceinte de murailles, pourvue de marchés et située sur une hauteur à mi-côte… Des champs ensemencés et arrosés par une rivière en dépendent. Sur la hauteur, du côté de l’orient, on trouve des jardins, des vergers, des habitations et de l’eau en abondance ».

Aucun des deux auteurs ne signale l’existence d’une mosquée. Il devait y en avoir une, car une inscription en caractères coufiques, sur une plaque de cèdre, ayant fait partie d’une chaire de mosquée (minbar), fut découverte vers 1900 dans la Grande Mosquée de Nédroma, et transférée depuis au musée des Antiquités Algériennes d’Alger Mustapha. Elle mentionne, entre autres : « Ceci est le présent, de l’émir, le Sid… ben Yousef ben Tachfin, qu’Allah le maintienne dans le droit chemin. . . A eu » lieu l’achèvement de ceci par les soins du jurisconsulte le cadi Abou Mohammed ‘Abdallah ben Saiâ, le jour du jeudi 17 du mois de. . . » Les deux dernières lignes sont effacées, mais l’inscription a été datée approximativement de l’année 1090.

II – LA PERIODE ALMOHADE

Abdelmoumene, le premier des princes almohades, est généralement sacré « fondateur de Nedroma » par la tradition populaire, qui en a fait le « héros fondateur » de la cité. Il était issu de la tribu des Koumia, dont les Nedroma étaient une branche. Son lieu d’origine est généralement fixé au pied du Mont Tadjra. Comme le signale Ibn Khaldoun, il s’appuya principalement dans son gouvernement sur sa tribu d’origine. Il est hors de doute que Nedroma connut avec lui un regain de célébrité. La ville, déjà précédemment entourée de murailles, fut transformée en véritable place-forte, dominée par une Qasba : les restes de remparts que l’on voit encore aujourd’hui remontent très certainement à cette époque.

On ne sait rien d’autre sur cette période, bien que les légendes abondent. On peut supposer que se produisirent alors de grands bouleversements dans la structure de la population, et la fixation dans la ville de familles dont les noms évoquent des origines marocaines.

Il semble que, à l’époque de la décadence almohade sinon avant, Nedroma ait bénéficié d’un statut indépendant. C’est ce que suggère l’épisode rapporté par Ibn Khaldoun, dans l’Histoire des Berbères, et situé au temps où Djabar Ibn Yousef était gouverneur de Tlemcen et de sa région au nom du sultan almohade Al-Mamoun : « Djabar établit son autorité sur le Maghreb Central, et posa les premiers gradins d’une échelle qui devait servir à ses enfants pour monter sur le trône.. Etant allé, l’an 629 (1231-32) à Nedroma pour en faire le siège, il fut blessé à mort par une flèche tirée au hasard » (III, p. 331).

Dans son Histoire de Nédroma, Al Hadj Hamza Ben Rahal est plus précis : « une pierre fut lancée des remparts par l’un des assiégés, Yousef al Chaffari, originaire de Tlemcen », qui mit ainsi fin aux jours du tyran et fit lever le siège à l’ennemi. La ville demeura indépendante.

III – ENTRE LES ABDELWADITES ET LES MERINIDES.

La tribu zénata des Beni’Abd-El-Wad avait été installée par Abd-El-Moumen dans la partie occidentale de l’Oranie, en récompense de son ralliement et dans le but d’y maintenir l’autorité du souverain. La fortune des Abdelwadites commence en 1235 par le long règne de Yaghmorasan Ibn Ziyan (1235-1283), qui crée un état indépendant ayant pour capitale Tlemcen.

On sait que les Abdelwadites furent en conflit quasi-permanent avec la dynastie issue de la même tribu zénata, les Merinides de Fes. C’est au cours d’un conflit entre Yaghmorasan et le Mérinide Abou Yousof Ya’qoub (1258-1286) que Haroun Ben Moussa, chef des Matghara de Taount, prit parti pour le mérinide et s’empara de Nedroma. La ville fut bientôt reprise par Yaghmorasan, puis par Abou Yousof, qui la rendit à Haroun Ben Moussa. Enfin, elle fut reprise par Yaghmorasan vers 1268-1269 (667 H). Il semble qu’elle ne fut pas reprise par Abou Yousof lorsque ce prince vainquit les Abdelwadites près de l’Oued Isly (16 février 1272), et qu’il vint assiéger Tlemcen sans résultat ; il bâtit en effet cette même année une forteresse avancée à Taount, près de l’actuelle Ghazaouat.

Cette forteresse de Taount ne tarda pas à être livrée à Yaghmorasan, à la suite de négociations, par son gouverneur Haroun en 1273 (672 H). En effet, les Mérinides durent la reconquérir en 1297-1298.

En 1290, Abou Ya’qoub Yousof (1286-1307) vint assiéger dans Tlemcen le successeur de Yaghmorasan, Abou Sa’id ‘Othman (1283-1304) sans pouvoir en venir à bout : il dut se retirer.

En 1295-1296 (695 H), Abou Ya’qoub put entreprendre une grande expédition contre Tlemcen, et chercha à l’isoler. C’est ainsi qu’en juin juillet 1297 (ramadhan 696), il mit le siège devant Nedroma et la tint bloquée pendant un mois, la foudroyant, dit-on, de ses catapultes. C’est possible puisque les Merinides avaient, parait-il, utilisé pour la première fois des pièces d’artilleries au siège de Sijilmassa en 1274. Le sultan ne put venir à bout de la ville et, le 3 août 1297 (2 de choual), il leva le siège pour aller sur Oran.

Toutefois, la garnison mérinide d’Oujda avait pour mission de ravager les environs de la ville et en rendait la situation intolérable. Par ailleurs, la cité n’était plus protégée par le prince Abou Sa’id ‘Othman, occupé à des expéditions dans le Maghreb central. Aussi le gouverneur de Nédroma et de Taount, Zakaria Ibn Yakhleften Al-Matghari – par trahison, dit Ibn Khaldoun – entra en pourparlers avec les Mérinides, et la ville fut remise en 1298 à Abou Yahya, frère de Yousof.

Des cheikhs de la ville furent même envoyés confirmer la soumission des habitants auprès de l’émir Abou Ya’qoub, le 6 avril 1299 (8 de redjeb 698 H).

C’est peu de temps après, le 6 mai 1299, que le prince mérinide s’installa devant Tlemcen, pour le long siège qui devait durer jusqu’à sa mort, le 13 mai 1307, période au cours de laquelle fut édifiée la ville de Mansourah.

Le règne d’Abou-L-Hasan (1331-1348/1351)

A la suite des entreprises de l’Abdelwadite Abou Tachfin contre les Hafcides, alliés des Mérinides, la guerre reprit en 1334 entre Tlemcen et Fès. Les troupes mérinides investirent Tlemcen au début de 1335 : la capitale abdelwadite fut emportée le ler mai 1337.

Entre temps, Abou-l-Hasan faisait la conquête de toute la région, et c’est ainsi qu’en août 1335 (735 H), il vint assiéger Nedroma. La ville fut prise d’assaut en un jour, et toute la garnison abdelwadite fut passée au fil de l’épée.

Il semble que l’occupation mérinide ait été assez dure pendant douze ans, puisqu’il est dit qu’en 1347 (747 H) les Nédromi firent appel à la clémence du prince qui leur accorda un meilleur statut.

C’est à partir de cette année-là que la ville fut gouvernée par des princes hafsides, qui s’étaient démis de leurs commandements lorsqu’Abou-l-Hasan occupa le Maghreb oriental, en 1347. A ce moment, dit Ibn Khaldoun, « l’émir de Bougie, Abou Abd-Allah Mohammed, fils de l’émir Abou-Zakaria, sortit au-devant du sultan mérinide et fut aussitôt envoyé au Maghreb avec ses frères. On lui assigna Nedroma pour résidence, avec une partie des impôts de cette ville pour son entretien ». (III. p. 46).

Abou Abd-Allah ne demeura pas longtemps à Nédroma, puisque, dès 1348, il reprenait possession de Bougie, après s’être associé à la révolte de Abou’Inan contre son père Abou-1-Hasan.

Il semble que le commandement de la ville ait été confié par la suite à l’émir de Constantine, Abou Zeid, qui avait lui aussi fait acte de reddition à l’arrivée de Abou-l-Hasan devant sa ville.

Le Règne d’Abou ‘Inan (1346-1358)

Après la défaite d’Abou-l-Hasan à Kairouan, son fils Abou ‘Inan se proclame sultan. Deux princes abdelwadites, Abou Sa’id et son frère Abou Thabit, rétablissent leur royaume à Tlemcen en 1348.

Selon Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères), « une des premières expéditions qui se firent sur l’ordre du nouveau sultan fut dirigée contre les Koumia et eut pour motif la révolte de leur chef Ibrahim Ibn Abd-El-Malek, cheikh et membre de la famille des Beni-Abed, la même tribu koumienne qui avait produit Abd-el-Moumen, sultan almohade… Le sultan Abou Thabit marcha contre les insurgés, en tua plusieurs, fit un grand nombre de prisonniers et emporta d’assaut la ville de Honein, et ensuite celle de Nedroma ». (III. p. 425).

Il semble que, si Honein fut effectivement la place forte des révoltés koumia ; à Nedroma, par contre -selon Canal- une garnison mérinide s’était maintenue. C’est en 1348 (749 H) que la ville fut prise d’assaut et pillée par les troupes d’Abou Thabit.

C’est cette année-là, que le frère ainé d’Abou Sa’id et de Abou Thabit, Abou Ya’qoub Yousof, se retira à Nédroma, pour y vivre une « pieuse retraite », renonçant à toute ambition politique. Son fils Abou Hamou Mousa II – qui devait régner plus tard sur Tlemcen, de 1359 à 1389 – vint l’y rejoindre et c’est là que naquit le fils de ce dernier, Abou Tachfin, en avril-mai 1351 (rebi’752 H).

Après la défaite d’Abou Thabit en 1352, Abou Hamou s’enfuit avec celui-ci vers l’Ifriqya, mais Abou Ya’qoub et son petit-fils Abou Tachfin demeurèrent à Nédroma : la région était passée à nouveau sous le contrôle des Merinides, mais Abou ‘Inan avait défendu qu’on leur fit du mal. Plus tard, il les fit amener à Fès, où ils furent bien traités. Ils revinrent à Tlemcen lors de la conclusion de la paix entre Mansour Ben Solayman et Abou Hamou.

Notons enfin que c’est en cette année 1348 (749 H) que fut construit le minaret actuel de la Grande Mosquée de Nedroma, comme en témoigne l’inscription sur marbre encore visible aujourd’hui dans la mosquée, et dont voici la traduction
« Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux. Bénédiction d’Allah sur notre seigneur Mohammed. Les gens de Nédroma ont construit ce minaret avec leur argent et de leurs propres mains. Toute récompense vient d’Allah. Il fut construit en cinquante jours. Il fut bâti par Mohammed ben ‘Abdelhaqq ben ‘Abderrahmane ech-Chisi, l’an 749. La miséricorde d’Allah sur tous. » On ne sait si le minaret fut construit avant la prise de la ville, ou après. Il est possible aussi que l’arrivée de Abou Ya’qoub « le sultan mystique » ait soulevé un élan populaire et entraîné l’initiative des habitants.

Dans la période de décadence qui suivit, il semble qu’une tribu Ma’qil, les Doui ‘Obeid Allah, établie d’abord entre Tlemcen et Oudja, ait obligé le sultan à lui concéder Oujda, Nedroma, les Beni Iznasen, Mediouna, et les Beni Snous, ainsi que les impôts que ces territoires avaient coutume de lui payer.

IV – LES SIECLES OBSCURS DE NEDROMA

On est peu renseigné sur Nedroma dans la période qui suit. On sait que c’est durant le XVe siècle que le grand mouvement de mystique populaire (soufisme) envahit l’Afrique du Nord, et c’est probablement à cette époque qu’il s’implante dans la région de Nedroma.
Un document arabe daté de 1548 nous le confirme : il s’agit d’un pacte d’union des tribus des Traras, passé entre leurs représentants, sous l’égide du marabout Al-Ya’goubi. C’est ce marabout qui, par son prestige religieux, entraîna la lutte contre les Espagnols installés à Tlemcen. Mais ceux-ci n’occupèrent jamais ni Nedroma, ni le pays des Traras.

Après l’établissement de la domination turque, Nédroma et sa région furent l’objet d’un litige permanent entre le bey d’Oran et les chorfa du Maroc. En 1651 (1061 H), Moulay Mohammed Ech-Cherif, chef de la seconde dynastie des Chorfa, s’empara d’Oujda, et soumit toute la région de Nédroma, avant de revenir sur Oujda.

En 1678-79 (1089 H), une seconde invasion marocaine conduite par Moulay Ismail s’avança jusqu’au Chélif, et fit reconnaître au dey d’Alger la frontière de la Tafna. Le traité ne fut sans doute pas appliqué, car une garnison turque demeura à Nédroma.

En 1791, les Espagnols cédèrent Oran au dey d’Alger, Hassan. Celui-ci en profita pour affermir le pouvoir turc dans l’arrière-pays. C’est à cette époque que, dit-on, les exactions des janissaires cantonnés à Nédroma provoquèrent une révolte de la population citadine. Le dey marcha contre Nédroma, qui fit sa soumission et fut imposée d’une contribution annuelle de cent pièces de grosse toile de coton destinées à confectionner des tentes de soldats. Selon El-Hadj Hamza ben Rahal, cette imposition fut augmentée plus tard jusqu’à mille pièces.

Selon le même chroniqueur, le dey fut amené à intervenir quelque temps plus tard, à l’occasion de troubles provoqués dans la ville par la division des habitants en deux partis, l’un pro-marocain, l’autre pro-turc. Le dey aurait fait entrer ses soldats dans la ville par surprise, et l’aurait ensuite livrée au massacre et au pillage.

Cependant les razzias continuelles effectuées par les marocains à partir de leur base d’Oujda semblent avoir, dans la dernière période, rapproché Nédroma du pouvoir turc. La ville prit parti pour le dey, contre les Derqaoua ayant à leur tête le marabout Ben Cherif, au début du XIXe siècle.

De même, plus tard, elle fournit un contingent au bey Ali, d’Oran, lorsque celui-ci vint attaquer les Beni-Ouarsous, et que les Ouled-Deddouche furent razziés, et bon nombre de leurs chefs massacrés. Il semble que, par la suite, le pouvoir turc n’ait plus été contesté, jusqu’à l’occupation française.

V – LA PERIODE COLONIALE

LA RESISTANCE ALGERIENNE

L’entrée des troupes françaises à Oran le 4 janvier 1831 donna le signal d’une période d’anarchie. Le bey d’Oran, Hassan, s’était retiré et les tribus de l’intérieur se précipitaient sur les garnisons turques.

On ne sait s’il y en avait une à Nédroma à ce moment. La chronique locale n’a pas gardé le souvenir de graves désordres à cette époque. La ville était administrée par sa Djemaa et dominée par quelques familles influentes, parmi lesquelles on peut citer les Rahal et les Neqqache.

Lorsqu’Abd-el-Qader se fit proclamer sultan par des tribus de Mascara, Nedroma ne se rallia pas à lui. La vieille cité, qui avait été, dans la période précédente, alliée au pouvoir turc, ne devait éprouver aucune sympathie pour les tribus qui procédaient à sa liquidation. Elle devait éprouver par ailleurs une certaine répugnance à participer à une aventure conduite par des « Kabyles ». Aussi tenta-t-elle de se rapprocher du Maroc et de s’en assurer la protection.

Cependant, en 1831, à l’issue des combats livrés sur la Tafna contre le maréchal Clauzel, Abd-el-Qader voulut faire de Nédroma son quartier-général de l’ouest, mais les habitants refusèrent. Pour les contraindre, l’émir fit arrêter plusieurs notables de la ville qui s’étaient rendus au marché de Mascara. Nédroma accepta alors un gouverneur d’Abd-el-Qader. Mais lorsque celui-ci eut libéré les otages, la population se souleva et chassa le gouverneur à coups de pierres. El Hadj Mustapha, lieutenant de l’Emir, dut intervenir avec ses troupes pour rétablir ce gouverneur.

En avril 1836, Abd-et-Qader vint établir son camp à Nédroma après les combats contre la colonne d’Arlanges. En juillet de la même année, après la défaite de la Sikkak, il revint à Nédroma, où sont soignés ses blessés ; mais il laissa son camp à Ain-Kebira.

Le traité de La Tafna (30 mai 1837) lui reconnait la possession de la ville. C’est à ce moment, semble-t-il, que Hamza Ben Rahal, précédemment « adel » (notaire) et peut-être « Cadi-el-Djibayât » (receveur de l’impôt « zekât ») à Tlemcen, dans l’administration de l’émir Abd-el-Qader, fut nommé par celui-ci Imam, puis Cadi à Nédroma (en l’an 1255 de l’Hégire, soit 1839). Selon des sources privées, le caïd de la ville à l’époque aurait été le beau-père de Hamza, Hadj Mohammed Bouziane El-Ghomari.

Après la reprise des hostilités, se présenta devant Nedroma une colonne française conduite par le générai Bedeau, et accompagnée par la cavalerie des Douaïrs de Mustapha Ben Smail. La Djemaa offre sa reddition, et Bedeau s’abstient de faire entrer les troupes dans la ville : c’est le 8 mars 1842. Douze otages sont remis aux Français : selon Hamza Ben Rahal, six sont de Nédroma, et six des Beni-Mishel. Les Beni-Mnir ne remettent pas d’otages, car, étant en désaccord avec les Beni-Mishel, leur chef a déjà fait sa soumission à Tlemcen.

Les otages sont désignés par Mustapha ben Smaïl. Le Caïd El-Ghomari et le Cadi Hamza Ben Rahal se seraient volontairement offerts pour être de leur nombre, mais ce dernier, qui a laissé une narration de ces évènements, ne fait pas mention de ce fait. C’est sans doute à ce moment que la charge de Caïd de Nédroma échut à Hadj-Mohammed Neqqache.

Un aperçu de l’organisation de la ville avant l’occupation française nous est fourni par cet extrait d’un rapport de 1867 : « La petite ville de Nedroma était, avant l’occupation française, à peu près organisée en commune. La Djemaa veillait à la police intérieure de la ville, faisait la répartition des sommes que chacun avait à payer pour fournir le montant des impôts, du traitement de quelques employés subalternes de la ville, et des dépenses faites dans les travaux d’utilité publique. C’était aussi la Djemaa qui louait aux enchères les terres ou parcelles communales connues sous le nom de Habbous es-Sour et dont le produit servait à réparer les fortifications de la ville ».

En 1843, Abd-el-Qader, ayant levé des troupes chez les Beni Iznasen, les Trara, les Msirda et les Souahlia, revient dans la région et en avril, il bloque Nedroma. Le Caïd Neqqache ne lui ouvre pas les portes de la ville, mais il lui offre un cheval de soumission, de l’argent et des vivres.

Quelques jours plus tard, le 29 avril, l’émir essuie un échec au col de Bab-Taza, devant les troupes de Bedeau, qui réoccupent la région. En 1844, après la bataille de l’Isly, le poste militaire de Nemours-Ghazaouat est fondé, sous le commandement du colonel Montagnac. Celui-ci subit l’année suivante, en septembre 1845, un échec retentissant : presque toute sa colonne est anéantie à Sidi Brahim. Le lieu des combats se situe à quelques kilomètres de Nedroma.

La cité ne participa pas à ce mouvement insurrectionnel des tribus Souahlia, ce qui lui valut d’échapper à la sévère répression qui s’abattit sur elle. Cependant le Caïd Neqqache se révéla très manoeuvrier dans ces évènements. Il fut certainement, durant toute cette période, en contact permanent avec Abd-el-Qader, dont les troupes passaient continuellement par Nedroma. Lors de la reconquête de la région, il joua un rôle de médiation entre les Français et les chefs des tribus soulevées. Malgré tout, il ne put se maintenir et fut destitué quelques années après la bataille de Sidi-Brahim.

Quant à Hadj Hamza Ben Rahal, après son retour de Tlemcen (peut-être après les évènements de Sidi-Brahim), il reprit ses fonctions d’Imam et de Cadi, fonctions dans lesquelles il fut confirmé par le général Reynaud en 1847 (5 ramadhan 1263)

L’émir Abd-el-Qader fit sa reddition en décembre 1847, près de Sidi-Brahim, sous un palmier qui se dresse encore, entouré d’une petite barrière et d’une plaque commémorative indiquant seulement l’année. De là, il fut conduit à Nemours d’où, après une entrevue avec le gouverneur de l’Algérie, il s’embarqua pour l’exil. Ses intérêts auraient été représentés par Hadj Hamza Ben Rahal, lorsque ses équipages furent vendus à Nemours par les soins des Domaines.

NEDROMA ET LA COLONISATION

La ville conserva une certaine autonomie administrative sous la direction de sa Djemaa, dont cependant le Président devait être agréé par les autorités coloniales. Nous avons vu que Hadj Mohammed Neqqache fut destitué quelques années après Sidi-Brahim. Il fut remplacé par Hadj Lacen en Neer, des Beni-Mnir, dont la tradition populaire dit qu’il ne dut ce poste qu’au refus des habitants de la cité de se compromettre avec le nouveau régime. Il avait été nommé agha de Nédroma et des Traras, et mourut en 1858 lors d’une expédition contre les Beni-Iznasen, du Maroc.

Son successeur fut Hamza Ben Rahal. Cadi de Nédroma, il prit probablement ses fonctions en 1858, à la mort de Hadj Lacen en Neer ; il fut confirmé dans ce titre par un décret du Colonel Beauprêtre, Commandant supérieur du Cercle de Nemours, le 29 ramadhan 1276 – 1860).

En 1867, lors des opérations d’application du sénatus-consulte de 1863, les opérations de bornage furent effectuées en présence des délégués de la Djemaa, soit Hadj Hamza Ben Rahal, caïd des caïds, Président de la Djemaa, Hadj Mohammed Senoussi, Délégué de la Djemaa Hadj M’Hammed Ben Didi. Notons que le frère de Hamza, Hadj Abbas Ben Rahal fut nommé le 23 avril 1857 Cadi des Djebala et des Achaches.

LA SITUATION DE NEDROMA EN 1867

L’application du sénatus-consulte en 1867 donna lieu à des « états des tribus », qui furent établis, en ce qui concerne Nédroma, du 23-10-66 au 1-3-67. Ils comportaient recensement de la population, état des lieux, mesure et bornage des propriétés. Nédroma fut alors constitué en un seul douar-commune.

Superficie

L’ensemble du territoire de la « tribu de Nédroma » est de 2 156 hectares, répartis comme suit :

Groupe « melk » non contesté 1524 ha 85a 80ca50

Propriétés domaniales 150 ha 13a 82ca50

Groupes communaux 462 ha 36a 37caÀ ajouter au Domaine public 18 ha 64ca 002156 ha.

Situation économique

« Les habitants de Nédroma sont à la fois cultivateurs, industriels et marchands. Leurs rapports commerciaux s’étendant dans l’Ouest jusqu’à Fès et Tanger…

Leur territoire a toujours été ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire très exigu et il ne saurait suffire aux besoins des habitants, si ces derniers ne possédaient les ressources de diverses industries assez développées. Ces industries sont le filage de la laine, la confection de haïks et la fabrication de poteries… »

Le rapporteur relève à cette époque 148 métiers à tisser, et 17 ateliers de poterie, tous tenus par des musulmans, et il poursuit : « Les israélites ne possèdent point de terres. Presque tous sont commerçants 9 savetiers, 6 bijoutiers, 2 armuriers, 1 menuisier. 22 seulement sont propriétaires des maisons qu’ils habitent dans la ville ».

LE MARCHE

« Un marché a lieu tous les jeudis à Nedroma. Il se tient sous les murs et dans l’intérieur de la ville ; à l’extérieur, pour les bestiaux, à l’intérieur pour les graines, les laines, la viande, etc… Les tribus voisines, les Trara, les Souahlia, les Djebala, les Beni Iznasen et les gens d’Oujda, les tribus du cercle de Maghnia, enfin des européens de Nemours et de Maghnia, fréquentent ce marché dont la police est faite par le caïd des caïds, auquel il est affermé pour une somme de 200 F par an.

« Les habitants de Nedroma écoulent les produits de leur industrie sur le marché, et aussi sur ceux de Nemours, de Maghnia, des Ghossel, des Trara Cheraya et d’Oujda »

LA POPULATION

« Tous les habitants de Nédroma vivent dans les maisons dont l’agglomération forme la ville. Une seule maison dite maison Guendouz se trouve isolée dans la partie ouest du territoire, du côté de Zaouiet et Ya’qoubi (Djebala) ».

TABLEAU DE LA POPULATION EN 1867

Musulmans

– Homme: 455

– Femmes : 665

– Enfants : 1085

– Total : 2205

Israélites

– Hommes : 78

– Femmes : 90

– Enfants : 172

– Total : 340

Total : 2545

En tout, 263 familles, dont 70 israélites.

Il semble que la plupart de ces israélites aient été d’origine marocaine. Ils étaient relativement intégrés dans la cité, bien que peu d’entre eux y soient devenus propriétaires. C’est à la suite de la politique coloniale (décret Crémieux) de naturalisation qu’ils s’assimilèrent peu à peu à l’occupant.

Le seul colon français habitant Nédroma à cette époque est un nommé Authier, qui s’est établi dans la ville avec sa famille en 1852 et s’y est fait construire une maison. En 1867, il obtient concession du terrain où il a déjà bâti, et de 14 hectares dans la plaine de Nédroma. Un autre européen viendra habiter la ville en 1876, M. Baudet, directeur de l’école franco-arabe.

LA SITUATION SCOLAIRE

Selon le rapport de 1867, « une école arabe-française a été créée à Nédroma par décision du 28 janvier 1865. Le personnel enseignant se compose d’un directeur français et d’un directeur-adjoint indigène. Trente jeunes garçons, tous musulmans, appartenant aux principales familles de la ville, suivent les cours de cette école où ils apprennent à lire et à écrire en français, à calculer, etc…, à la grande satisfaction de leurs parents qui, s’adonnant presque tous au commerce, apprécient d’une manière remarquable les bienfaits de l’instruction. Cette école paraît appelée à un grand succès…

Cinq « derrers » apprennent à lire et à écrire en arabe à trente-cinq élèves, appartenant à des familles moins aisées et plus rebelles aux progrès… Autrefois il y avait à Nédroma des écoles nommées zaouia dans lesquelles les tolba venaient apprendre le Sidi-Khelil ; elles ont disparu ».

D’autre part, Canal écrit en 1888 : « Lors de la promulgation de la récente loi sur l’instruction primaire, les habitants de Nédroma ont été les premiers à demander la création d’une école de filles ».

LA POLITIQUE COLONIALE A NEDROMA

Le douar-commune de Nédroma dépendit d’abord de l’administration militaire, en l’occurence, du Bureau arabe de Maghnia. Le régime militaire, supprimé en 1870, ne céda vraiment la place à l’administration civile qu’en 1880, sous la pression croissante des colons d’Algérie.
Le 9 septembre 1880, le douar-commune fut érigé en commune mixte, et placé sous l’autorité d’un administrateur. La ville perdit ainsi toute autonomie et passa sous le régime de l’administration directe, dans lequel la Djemaa ne jouait pratiquement plus aucun rôle. Le premier administrateur nommé fut Berelle René.

NEDROMA, CITE « DURE »

Depuis les débuts de l’occupation, les autorités coloniales semblaient apprécier hautement en Nédroma ce qu’elles croyaient être son « esprit de soumission », toujours comparé à l`esprit de rébellion » dont les « Kabyles » avaient fait preuve au moment de la conquête. Un incident fit perdre à la ville cette « bonne réputation ».

La tutelle des administrateurs était plus ou moins bien supportée. L’un deux, Devialar Maximin, qui fut en poste à Nédroma d’avril 1898 à janvier 1899, s’était rendu particulièrement odieux à la population. Il fut muté, et le jour de son départ arriva. Il monta dans un break à chevaux, avec sa femme et ses deux filles. C’était vers onze heures, à la sortie de l’école. La coutume est lorsque quelqu’un a fait du mal et qu’on ne désire pas qu’il revienne, de jeter des pierres derrière lui, sans le toucher. C’est ce que firent les enfants – probablement « aidés » par quelques grandes personnes – et, dans le feu de l’action, le breack se trouva sous une grêle de pierres.

Un témoin rapporte que le chapeau à larges bords de l’administrateur se trouvait rempli de cailloux… Celui-ci fit alors demi-tour, revint au centre, télégraphia à Tlemcen, fit venir de la troupe et des gendarmes. On fit une rafle des participants ; des jeunes gens furent arrêtés et passèrent deux ou trois jours en prison. Trois ou quatre grandes personnes furent arrêtées et envoyées pendant deux ou trois ans à la prison de Bouchebka (Boukanéfis). A partir de ce moment, Nédroma eut la réputation d’être « dure ».

UNE PERSONNALITE DE NEDROMA : SI M HAMMED BEN RAHAL (1858-1928)

C’est dans ces années que le renom de Nédroma s’étendit à toute l’Algérie, grâce à l’un de ses fils qui fut certainement la personnalité algérienne la plus marquante de l’époque : il s’agit de Si M’Hammed Ben Rahal, l’un des fils d’El-Hadj Hamza, l’agha de Nédroma.

Né dans cette ville en 1858, il dut d’abord suivre les cours de l’école franco-arabe dès sa fondation en 1865, puis fut envoyé poursuivre ses études, en 1870, au Collège Impérial d’Alger, où il demeura jusqu’en 1874. Son père le fit nommer Khalifa d’agha en 1876, puis Caïd de Nédroma en 1878, voulant lui confier sa succession. Il fut invité cette même année à visiter l’Exposition universelle de Paris. Il revint ensuite exercer sa fonction à Nédroma, mais il se trouva bientôt mal à l’aise dans cette fonction de représentant de l’administration auprès de ses concitoyens. C’est pourquoi il donna sa démission de ce poste de 1884.

Il se consacre alors à diverses études. En 1891, il se rend à Paris en compagnie du Docteur Ben Larbi d’Alger, pour y exposer, devant le Parlement, les revendications des musulmans d’Algérie. En 1894, il adresse au ministre Combes une pétition pour la réorganisation de l’enseignement de l’arabe en Algérie, par la création de médersa, et d’une médersa supérieure à Alger. De 1900 à 1919, il se plonge dans une longue retraite et tente une réanimation de l’âme algérienne par le biais d’une confrérie. Il en sort en 1919, pour reprendre une action politique : il est élu Délégué Financier en 1920, mais échoue dans sa candidature aux élections de 1925 à cette Délégation, devant l’hostilité conjointe de l’administration des colons, et de ceux qu’il nomme lui-même « les Vieux Turbans ». Il meurt à Nédroma en 1928.

Il est certain qu’il fut un personnage gênant pour l’administration coloniale, dans la mesure où il se trouvait de plain-pied avec la société européenne, sans se laisser absorber par elle. Ce qui domine chez lui, c’est le souci de préserver la personnalité algérienne dans ses composantes essentielles : l’Islam et la langue arabe. Dès 1887, il demandait la création d’écoles où enseigneraient des moniteurs sachant l’arabe. Il demanda plus tard la création de médersa.

Lui-même avait fait ses études au Collège Impérial d’Alger, mais il envoya ses frères faire leurs études en arabe au Maroc, à l’Université Qaraouiyine, avant 1912. Il eut très vite conscience de l’aspect dépersonnalisant d’un certain type d’enseignement. Il écrivait en 1887 : « L’Arabe d’Algérie est disposé à y voir (dans l’instruction) une sorte de piège tendu à sa simplicité, en vue de lui ravir sa personnalité et sa religion ».

Il poursuivit dans le même article : « L’attachement aux mœurs et au culte de ses ancêtres a du bon ; c’est toujours un sentiment des plus respectables ». Ce n’était pas chez lui pur traditionalisme, mais désir de modernisation dans le cadre du respect de la personnalité algérienne.

Ces convictions, qu’il s’efforça de répandre parmi ses compatriotes, éveillèrent le soupçon de l’administration qui contra tant qu’elle le put cet homme difficilement attaquable étant donné son prestige et ses relations. Aussi sa réputation de « résistant » s’étendit à sa famille, et à toute la ville en général.

LES EVENEMENTS DE 1912 ET L’AFFAIRE DE LA CONSCRIPTION

Les sujets de mécontentement se multiplièrent dans les années 1907-1912. L’occupation du Maroc fut mal vue des Algériens, des Nédromi en particulier. Cette occupation fut critiquée par un journal d’opposition, AI-Hack (Le droit), fondé à Oran en 1911 par un Européen libéral, M. Tapié, et deux Nédromi M. Ahmed Ben Rahal, et M. Bouri. Ce journal paraissait sur quatre pages, une en arabe, et trois en français.

Ce journal fut amené à appeler les Algériens à lutter contre le régime « du plus abject esclavage » à propos du problème de la conscription. Un projet de conscription obligatoire des Musulmans avait été lancé par Messimy. Ce projet fut soutenu par les « Jeunes Algériens » qui espéraient obtenir en même temps la suppression du régime de l’indigénat. Il fut combattu par les européens, pour la même raison, et par les « Vieux Turbans », par hostilité traditionnelle à la colonisation. C’est dans ces circonstances qu’eut lieu « l’exode de Tlemcen » en 1911, dans lequel deux cents notables voulurent gagner la Syrie.

A Nédroma, ce problème déclencha une véritable révolte. Le journal AI-Hack participa au mouvement en envoyant un représentant chez les Béni-Mnir, et son directeur à Nédroma, à la veille des opérations de conscription.

Une manifestation avait d’abord été prévue le jeudi 25 avril 1912, jour de marché ; mais les forces de police avaient été renforcées et il ne se passa rien. Le jeudi 16 mai, il y eut tumulte au marché. Dans la nuit du 20 au 21 mai, se produisit une tentative d’assassinat du caïd des Djebala.

Mais c’est le jeudi 23 mai que l’émeute éclata, favorisée par l’afflux des campagnards dans la ville, à l’occasion du marché hebdomadaire. Le bruit courut que le « Djihad » (guerre sainte) avait été proclamé aux Djebala. Une véritable panique s’empara de la population européenne et israélite, et beaucoup cherchèrent refuge auprès d’habitants musulmans.
Pour tenter de calmer la révolte, le sous-préfet accourut de Tlemcen. Au passage, il prit avec lui le marabout de la Zaouia, Sidi Driouche, et lui demanda de prendre la parole pour ramener le calme. Mais, dit M. Rohrbacher, « ses appels, son intervention et jusqu’à sa malédiction sont demeurés sans effet, et n’ont pas été entendus ».

L’affaire se termina par une transaction, et seuls quelques conscrits furent levés. El Hadj Lahcene Ben Rahal – frère de Si M’Hammed – avait pris une part active à l’émeute, excitant les gens contre la conscription, allant jusqu’à menacer de mort ceux qui donneraient leur fils. Pour cette raison, on prit son fils Tahar parmi les conscrits. Tahar fut gazé pendant la guerre de 1914-1918, et en mourut à Nédroma en 1928. Son fils Abdellatif fut déclaré pupille de la nation, fit des études, ne tarda pas à militer à l’U.D.M.A. : il devait être le premier ambassadeur à Paris de l’Algérie indépendante.

Afin de rallier l’opinion, des notables furent invités à faire un voyage en France, par lequel on pensait les impressionner en leur montrant la puissance de la métropole. On choisit, pour Nédroma, Rahal M’hammed, Rahal Boumediène, cadi de Nédroma, et pour Nemours, Berrahou Si Ahmed bel-Hadj, Derrar Si Mohammed, et Belhadj, de Sidi Ben Amar, près de Nemours.

Le rôle du journal Al-Hack dans les évènements de 1912 est indiqué par M. Rohrbacher, dans son étude inédite, sur la foi de rapports de l’administration. Ce rôle est par contre récusé par M. Ahmed Ben Rahal, l’un des rédacteurs du journal : selon ce dernier, ni le directeur, ni aucun envoyé ne furent délégués sur place : le journal n’en aurait d’ailleurs pas eu les moyens financiers, et vus d’Oran, ces problèmes n’avaient pas tellement d’importance. Mais il était de l’intérêt de l’administration locale de les grossir.

Quant à la délégation de cinq personnes, présidée par Si M’Hammed Rahal, et qui se rendit en France cette année-là, elle ne fut pas invitée, selon M. Ahmed Ben Rahal, mais elle s’y rendit d’elle-même, avant les évènements, pour intervenir auprès des milieux politiques parisiens, et essayer de faire supprimer la mesure concernant la conscription des Algériens.

Enfin, voici la version de ces évènements, rédigée le soir même à Nédroma, et publiée par l’Echo d’Oran le 24 mai 1912 : « Je vous ai fait connaître qu’on redoutait des troubles pour aujourd’hui, jour de marché, les indigènes manifestant un vif mécontentement contre la conscription. Le Sous-préfet de Tlemcen était donc arrivé hier soir, et ce matin, on avait envoyé un escadron de chasseurs d’Afrique. Durant toute la matinée, les indigènes sont arrivés en grand nombre de tous les environs, parcourant les rues qui étaient grouillantes. A midi, le Sous-préfet a reçu une délégation qui a protesté contre la conscription. Quand cette délégation est sortie, une violente manifestation s’est produite. Les indigènes ont proféré des cris hostiles et des menaces. La foule s’est ensuite portée vers le quartier ouest de la ville et l’a envahi. Des coups de matraque ont été échangés, tandis que d’autres individus lançaient des pierres et tiraient des coups de revolver contre les habitants.

« Les chasseurs d’Afrique, la gendarmerie et les douaniers occupent les points principaux et parcourent les rues. Les marabouts Sidi Driouich, de Beni Mishel, et Si M’Hammed Beni Chikh, de Nedroma, ont fait de vains efforts pour calmer les perturbateurs. « Le calme est rétabli, mais une grande excitation persiste dans toute la population indigène. L’exode reprend de plus belle. On craint des retours hostiles pour cette nuit. Aussi les plus sévères mesures de sécurité sont-elles prises ».

Telle est la version rapportée par ce journal sous le titre « Graves incidents à Nedroma ». Les numéros des jours suivants ne parlent plus de cette affaire.

Quant à l’invasion du quartier ouest de la ville, relatée par l’article, il faut préciser qu’il s’agit du quartier de Gnaoua, alors habité principalement par la population israélite de la ville. De fait, on trouve dans ces événements une marque d’hostilité à cette catégorie de la population. La tradition populaire en a gardé un souvenir. En effet, c’est à ce moment qu’un poète-chanteur populaire, Cheikh Qaddour Ben Achour, composa un poème satirique conte les Juifs, chanté et accompagné par les orchestres andalous de la ville, encore aujourd’hui. L’auteur aurait été à cette occasion convoqué chez l’administrateur, à la suite de plaintes, et s’en serait sorti fort habilement, car il aurait entre temps ajouté un couplet à la gloire de l’administrateur…

LA PERIODE 1920-1950

Les années 1925-1928 voient la fin de la carrière de Si M’hammed ben Rahal. Peu d’événements semblent avoir marqué la vie locale dans la période qui suit. L’économie locale marque un net fléchissement.

En 1932, au cours d’une tournée en Oranie, le Cheikh Ben Badis vient à Nedroma. D’après certaines traditions locales, il y reçoit un accueil très réservé, en raison de la forte implantation des confréries dans la ville. Ceci est confirmé par le fait qu’en 1936, il n’y a pas de filiale réformiste à Nédroma, alors qu’il en existe à Tlemcen et à Nemours.

Les événements de 1936 voient une certaine agitation se développer à Nemours. Une réaction fasciste s’y produit, marquée par la création, le 5 septembre 1936, du Front National Nemourien. Ce mouvement s’implante dans la population européenne de Nédroma, où il est représenté par Sahut Gaston, assisté de Sahut Georges et de Munioz André.

La chronique locale garde le souvenir des élections au Conseil Général de 1945, qui virent s’affronter trois candidats : Ahmed Rahal, membre d’une famille influente de la ville, mais desservi par sa parenté avec un fonctionnaire municipal, Ahmed Bouri, d’une famille ancienne, mais modeste, ancien instituteur, ami de l’administrateur et bénéficiant de son appui, enfin, Ahmed Salah, des Souahlia, décrit comme un « kabyle ignorant », mais qui bénéficiait des voix des principales tribus dont les caïds étaient « kabyles ». Celle des Beni-Mnir était dirigée par le caïd Belabed Slimane, ancien gendarme, qui sera plus tard député-maire de Nédroma. Ce dernier était théoriquement l’ami de Bouri, mais le jalousait secrètement, car il était son rival pour « influencer » l’administrateur.

C’est pourquoi Belabed qui habituellement réunissait 99 % des voix de sa tribu en faveur de « son » candidat, répartit cette fois les voix pour moitié en faveur de Bouri, et pour moitié en faveur de Salah, ce qui assura la victoire de ce dernier. Quant aux habitants de Nédroma, la majorité avait voté pour Bouri.

A partir de 1945, commence l’activité des partis politiques autonomistes.. La place principale est prise par l’U.D.M.A., fondé à Nédroma en 1945. Le M.T.L.D. est représenté, mais est largement minoritaire. L’implantation de l’U.D.M.A. est renforcée par l’activité de l’Association des Ouléma, qui va se développer surtout à partir de 1949. Enfin, la jeunesse commence à être encadrée par l’organisation des Scouts Musulmans Algériens (S.M.A.).

VI – NEDROMA ET LA REVOLUTION DES OULEMA

NAISSANCE D’UNE MEDERSA

Le 5 septembre 1949, le Cheikh Ibrahimi Bachir, chef des Ouléma réfor¬mistes, arrive à Tlemcen dans la voiture automobile de Ferhat Abbas, leader de l’U.D.M.A. Il en repartira le soir du 7 septembre, après avoir passé la nuit précédente à Nédroma.
A Nédroma ont lieu précisément, depuis le 5, les festivités du mariage des deux filles du Cadi de Frenda, Bouhafs Mostefa.

A ce double mariage assistent les membres les plus notoires de l’U.D.M.A. Des discours y sont récités par cinq jeunes filles (3 de Maghnia, et 2 de Nédroma), pour vanter les bienfaits de l’enseignement des Ouléma. L’informateur de l’administration, qui suit ces réunions de très près, note qu’il s’agit à n’en pas douter de leçons apprises, étant donné le jeune âge des intéressées – de dix à treize ans -« .

L’INAUGURATION

Le 11 septembre, le Cheikh Ibrahimi est de retour à Tlemcen, d’où il se rend aussitôt à Nedroma, pour l’inauguration de la nouvelle médersa, récemment construite. Les cérémonies commencent vers 10 heures. M. Rahal Hadj Mohammed, Président de la Cultuelle de Nédroma, adresse ses souhaits de bienvenue aux invités présents.

Puis M. Ghozali Hadj Belhadj, Président de l’Association des Ouléma de Nédroma, remercie la population dont les efforts ont permis l’édification de la médersa. Ensuite, deux élèves de la médersa, un garçon et une fille, font l’éloge des progrès que font accomplir les médersas libres.

Le Cheikh Ibrahimi prend alors la parole. Il dénonce le colonialisme, qui a mis à profit l’ignorance des musulmans pour accaparer les meilleures terres. Il expose les efforts du Comité des Ouléma pour créer un peu partout des médersas. A Nédroma même, vu l’importance de la population, il serait nécessaire d’ouvrir environ 40 classes. Il invite alors les commerçants à verser au Comité local leur part de « achoura » pour qu’il soit possible d’instruire et d’entretenir l’enfance malheureuse.

Une quête effectuée après ces discours aurait rapporté environ 400 000 F. ainsi que 40 g. d’or, trois louis d’or, ainsi qu’un tapis offert par quatre femmes. A 13 heures, un couscous est offert par les membres du Comité à de nombreuses familles de Nédroma. Le Cheikh Ibrahimi reprend la parole pour donner à la nouvelle médersa le nom d’Abdelmoumen Ben Ali, dont il vante le passé, et pour inviter l’assistance à être généreuse envers le Comité des Ouléma. Les bienfaits de l’enseignement réformiste sont ensuite célébrés par trois étudiants, puis par le Cheikh Zemmouchi Saïd, Inspecteur des médersas d’Oranie. Les cérémonies se terminent dans la soirée vers 17 heures.

La médersa va prendre son essor. Elle est dirigée par M. Abdelwahab Benmansour, ancien élève de l’Université Qaraouiyine de Fès qui jouit très vite d’un grand prestige, grâce à sa science et à son éloquence. Il est assisté dans son enseignement par deux maîtres, Djeridi Mohammed, et Mohammed-Salah Bourghari. La médersa connaît très vite un grand succès, puisqu’environ 300 enfants, garçons et filles, en suivent assidûment les cours.

D’autre part, M. Benmansour donne, trois fois par semaine, à la Grande Mosquée, des conférences sur des thèmes religieux, devant des auditoires importants, évalués à 500 personnes. Ce succès l’encourage et il envisage d’étendre ses prédications aux mosquées des douars de la commune mixte.

LA LIQUIDATION DES CONFRERIES

Le thème de l’enseignement de Abdelwahab Benmansour est celui du mouvement ouléma lancé par le Cheikh Ben Badis à Constantine et repris par son successeur le Cheikh Ibrahimi, résumé dans sa devise : « l’Algérie est notre patrie, l’arabe est notre langue, l’Islam est notre religion ». Il travaille à la relance de l’enseignement de l’arabe par la création de médersas libres, il cherche à purifier l’Islam maghrébin des influences superstitieuses qui s’y sont introduites principalement par le biais du culte des saints, base du mouvement maraboutique.

Enfin, par sa nature même, il connote une idéologie nationaliste ; bien que le cheikh Ibrahimi se défende de mener une action politique, il se trouve en liaison constante avec le parti de l’U.D.M.A. Pour ces raisons, l’activité de Benmansour à Nedroma devient très vite suspecte à l’administration.

Dans ses conférences du soir à la Grande Mosquée, Abdelwahab Benmansour répète donc inlassablement, avec une éloquence rare qui ravit l’auditoire, que Dieu est unique, et qu’il ne faut rien lui associer. Le thème s’en précise de plus en plus, et, dans cette petite ville qui ne compte pas moins d’une dizaine de confréries prospères, l’adversaire apparaît de plus en plus nettement à l’opinion publique : il faut en finir avec les confréries, qui ne sont pas permises par l’Islam orthodoxe. Cette condamnation crée dans la ville une profonde division; aujourd’hui encore, après vingt ans, dans les cercles des « anciens » de Nédroma, on s’interroge sur la légitimité et le bien-fondé de cette action: pour certains, c’est Benmansour qui a ressuscité, « créé » Nédroma, pour d’autres, il y a introduit la division et la haine, ce qui suffirait pour que sa « mission » ne soit pas marquée du sceau de l’authentique.

Le fait est que la division se creuse parmi la population. Comment se fait-elle? Recouvre-t-elle d’anciennes divisions familiales, d’anciens clans? Il semble que non; les membres d’une même famille ne se trouvent pas toujours du même « côté ». La coupure paraît plutôt suivre le départ des générations, les plus âgés étant les plus attachés aux confréries. Il y a d’ailleurs une évolution dans l’opinion publique, beaucoup d’hésitants, voire d’adversaires du début, finissent par se rallier, et il semble bien qu’après quelques années, Abdelwahab Benmansour ait créé autour de ses thèmes une quasi-unanimité.

Toujours est-il que les oppositions sont exacerbées. Tel jeune homme, après une prédication de Benmansour, accroche un chapelet de confrérie au cou de son âne, et le promène ainsi à travers la ville. L’Administrateur note dans un rapport que « ce professeur se serait laissé aller au cours d’une conférence, jusqu’à demander à ses auditeurs de détruire les mausolées des marabouts ». Cet administrateur cite le cas d’un vieillard « auquel un jeune converti avait, à deux reprises ‘au cours de la même journée, arraché son chapelet pour le jeter au feu ». Un autre zélateur édifie, en plein centre de Nédroma, un petit kiosque auquel il donne, par dérision, la forme d’une coupole de marabout.

Les incidents sont parfois plus graves. Ainsi, le 10 juin 1950, au cours d’un déjeuner offert par Ghozali Hadj Benamar et auquel A. Benmansour est convié, en compagnie notamment, du Cheikh Ziddour Tayeb, le Directeur de la médersa suscite un incident assez vif, en contredisant violemment le « moqaddem » de la confrérie des « Senoussia » qui parlait de l’œuvre accomplie par les marabouts. Selon certains il se serait agi là d’un incident prémédité destiné à jeter le discrédit sur le Cheikh Ziddour Tayeb, ainsi que sur les chefs de confréries et de zaouia.

Autre incident le 12 juillet : un « fidèle » de A. Benmansour, Nourine Abdelkader ben Mokhtar, est frappé d’un violent coup de matraque : il avait, la veille, proféré des paroles injurieuses à l’encontre du cheikh El-Hebri, de Martimprey-du-Kiss.

Tous ces petits faits ne donnent qu’une pâle image de la profonde fermentation qui existe à Nédroma à cette époque. Les tentatives de A. Benmansour dans les campagnes environnantes sont bien moins fructueuses, comme nous le verrons plus loin. Dans la ville, la médersa est toujours aussi fréquentée. Pour subvenir aux frais de fonctionnement et d’entretien, Ghozali Ahmed dit « Hadj Belhadj », président de l’Association des Ouléma, et son trésorier, Bounoukhala Ahmed ould Benamar, entreprennent une grande tournée de collecte de fonds, en Algérie, en Tunisie, et en France, où ils semblent avoir peu de succès auprès des travailleurs émigrés, peut-être en raison des grèves de cette époque.

Dans ce fief Oulema-U.D.M.A. que devient de plus en plus Nédroma, Ferhat Abbas vient le 14 septembre 1950, accompagné du Docteur Francis et de Tahar Ahmed, dans le cadre d’une tournée de propagande et de collecte de fonds. Une réunion a lieu au local de l’U.D.M.A., mais l’administration empêche le leader de prendre la parole en public, ainsi qu’en témoigne cette déclaration de Ferhat Abbas trois jours plus tard à Beni-Saf : « A Nédroma, l’administrateur a refusé de nous laisser parler… Un jour viendra où ce même administrateur aura à se découvrir devant un Mohammed et l’invitera au café… »

Durant l’été 1950, le bruit a couru que A. Benmansour ne reviendrait peut-être pas à la rentrée d’octobre. Il est certain que, dès cette époque, celui-ci entretient des projets qui dépassent le cadre de Nédroma, soit pour exercer une action au niveau de l’Algérie, soit pour se consacrer à la formation d’un centre de formation pédagogique. Quoi qu’il en soit, il reprend en octobre la direction de la médersa de Nédroma, mais avec un personnel enseignant renouvelé : il est maintenant assisté de Berkane Seddik, de Constantine, et surtout de Baki Boualem, de Géryville, dont la personnalité impressionne fortement les milieux nédromi, en raison de ses convictions nationalistes (il a été délégué M.T.L.D. à l’Assemblée Algérienne), et de ses qualités intellectuelles.

C’est surtout au cours de cette année scolaire que A. Benmansour essaie de faire des tournées dans les douars, mais il y rencontre une forte opposition. C’est ainsi que le 31 mars 1951, il se voit interdire l’entrée de la mosquée de la fraction Dar Benaïche, au douar Souahlia. L’incident est assez grave, pour que A. Benmansour tente d’entreprendre des poursuites judiciaires contre le chef de fraction de ce douar : en mai, le Procureur de la République de Tlemcen répond par un refus de donner suite à cette plainte.

LES DERNIERES PHASES DE L’ACTION REFORMISTE

Tandis que dans les campagnes environnantes, les préparatifs de l’action clandestine révolutionnaire sont menés bon train par les militants du P.P.A., l’U.D.M.A. continue à participer aux élections. Aux cantonales du 7 octobre 1951, dans la circonscription Nedroma-Nemours le conseiller sortant U.D.M.A. Salah Ahmed Kebir perd son siège au profit de l’Agha Belabed Slimane, Indépendant, qui bénéficie d’un large « soutien » de l’administration.

Le 25 novembre a lieu à Maghnia l’inauguration de la médersa « Djemia et-Tarbia w-at-Taalim »,, en présence du Cheikh Ibrahimi et de délégations des villes d’Oranie. Le premier à prendre la parole est un nédromi, Rahal Abdellatif, instituteur, dirigeant de la section locale de l’U.D.M.A. qui s’est déjà rendu célèbre par la violence de ses attaques contre l’administration. Sur le même ton, A. Benmansour récite un long poème nationaliste, en arabe littéraire, pendant la lecture duquel le Cheikh Ibrahimi manifeste des signes d’impatience, avant de prendre lui-même la parole.

En réalité, le Cheikh Ibrahimi voulait muter A. Benmansour à Oran, contre le désir des Nédromi. A l’occasion de l’inauguration de la médersa de Maghnia, la délégation de Nédroma avait renouvelé ses instances et provoqué l’agacement du Cheikh, qui dut finalement consentir au maintien de A. Benmansour. C’est à cette occasion qu’il aurait déclaré qu’il ne viendrait plus inaugurer de médersa et qu’il avait mieux à faire.

En ce début de 1952, l’U.D.M.A. est en perte de vitesse dans toute la région, ses militants rejoignant le M.T.L.D. ou le P.P.A. A Nédroma cependant, elle maintient ses positions. Le 20 janvier, la section locale constitue son Comité directeur, formé de Rahali Ahmed dit « Hamida », Rahal Abbès, Djebbari Mohammed, Tekkouk Mostefa et Nourine Abdelkader. Dans une controverse dont la « République Algérienne » du 1er février nous fournit l’écho, A. Rahali établit un parallèle entre les « agitateurs » algériens et les résistants du Vercors ou les martyrs d’Oradour-sur-Glane. L’administration ne tarde pas à demander des sanctions, et en juillet, Rahal Abbés et Rahali Ahmed, tous deux instituteurs, sont mutés respectivement à Alger et à Oran.

La médersa continuera de fonctionner durant quatre ans. Le mercredi 7 mars 1956, à la suite d’un attentat dans la ville, elle sera fermée par le préfet d’Oran. C’est à cette époque que Abdelwahab Benmansour quittera définitivement Nedroma, pour se rendre au Maroc, où il occupera de hautes fonctions.

VII – LES ANTÉCÉDENTS DE L’ACTION RÉVOLUTIONNAIRE

C’est dans les douars des Souahlia, où l’émir Abd-el-Kader avait mené ses derniers combats, à Sidi-Brahim en 1845, avant de faire sa reddition en 1847, que la résistance algérienne recrute ses premiers partisans. Le territoire des Souahlia s’étend entre Nedroma et Nemours ; la résistance semble y avoir été permanente.

Déjà en 1937, un rapport d’administrateur signale un incident au lieudit « Tombeau des braves », à 3 km de Nemours : deux Françaises des environs y étant allées en promenade avec de jeunes enfants se virent jeter des pierres par une dizaine d’indigènes de douze à treize ans, du douar des Ouled Ziri, qui leur dirent : « Si vous voulez vous promener, allez en France, car l’Algérie est à nous, les Arabes ».

Dès 1939, des tracts du P.P.A. sont distribués dans la région, et ce parti s’y implante progressivement dans les années suivantes. A partir d’octobre 1951, le P.P.A. commence à grouper des militants en formations paramilitaires armées et hiérarchisées, plus particulièrement dans le douar Souahlia. Ces formations subissent un véritable entraînement de commandos. Dès le début de 1952, les réunions secrètes se multiplient et le climat est tel que les agents de l’administration y rencontrent une véritable hostilité.

En juillet, des exercices de tir à la cible, et des manœuvres nocturnes avec emploi de fusées, sont signalés. Le bruit court que l’heure de l’action serait proche, et qu’on ne tardera pas à « châtier les traîtres ».

C’est dans ce douar Souahlia que Abdelwahab Benmansour essaie de pénétrer et d’étendre son action, en 1950, puis en 1951, nous l’avons vu, sans succès. L’Administration se réjouit de cet échec et l’interprète comme le signe de « l`attachement à l’ordre » de ces populations. Les raisons en sont évidemment tout autres.

Une des raisons de cette opposition réside d’abord dans l’esprit traditionnel des campagnes, qui répugne à tout ce qui vient changer les coutumes, plus particulièrement quand celles-ci apparaissent liées à l’Islam. Plusieurs incidents de l’époque montrent l’attachement des habitants aux formes traditionnelles de célébration du mariage et de l’enterrement. Ainsi, par exemple, le 18 août 1952, le taleb Hammache Mohammed, dit Benkadda, ancien imam de la mosquée réformiste de Nédroma, reçoit une sévère correction d’un membre de la famille Hachem, du douar Souahlia. Trois mois auparavant, ce taleb s’était opposé presque de force à l’inhumation d’un parent de son agresseur selon le rite traditionnel.

Cette opposition devait être renforcée par l’animosité traditionnelle existant entre les citadins et les campagnards. Ces derniers devaient être particulièrement peu disposés à recevoir des innovations venant de la part des gens de la ville.

Cette opposition se retrouve surtout sur le plan politique. Si Nedroma est un fief U.D.M.A., nous avons vu que la campagne environnante et spécialement le douar Souahlia est sous l’influence du P.P.A., qui y prépare activement une action révolutionnaire.

LES EMEUTES DU 15 OCTOBRE 1953 A NEDROMA

Cette activité souterraine se manifeste brusquement au grand jour le 15 octobre 1953, à Nédroma. C’est jeudi, jour du marché hebdomadaire qui voit traditionnellement affluer « en ville » la population des environs. Or ce jour-là va se dérouler une véritable émeute. Citons d’abord la version qu’en donne l’organe de l’administration, le Bulletin Politique Mensuel de la préfecture d’Oran, sous le titre : « Une violente échauffourée s’est produite le 15 octobre à Nédroma, causée par des militants du P.P.A.  »

« Le 15 octobre, sur le marché de Nédroma, des musulmans, originaires pour la plupart du douar Souahlia, chargés d’assurer la protection des diffuseurs de l’Algérie Libre, s’opposèrent à un agent de police qui venait d’appréhender un vendeur du N° 81 de ce journal, interdit par arrêté préfectoral. Sous la pression de quelques 300 opposants le service d’ordre dut se replier.

« L’Administrateur (M. Le Sept) accouru à la rescousse, fut atteint à la tête d’un violent coup de matraque, un douanier et un brigadier de police furent gravement blessés à coups de matraque et de couteaux. Deux autres policiers et un forestier furent plus légèrement atteints. Un des manifestants, blessé par balle, décéda le lendemain à son domicile. La foule, après avoir manifesté devant la Commune Mixte (vitres brisées), se dispersa ; la troupe envoyée en renfort n’eut pas à intervenir.

« L’enquête conduit à l’arrestation d’une cinquantaine d’individus. Il semble que bon nombre d’entre eux avaient travaillé ou séjourné en France, où ils avaient peut-être reçu une formation « ad hoc ». La majorité des gens se trouvant sur le marché -2500 environ – s’étaient prudemment tenus hors de l’échauffourée ».

A la suite de ces incidents, le Tribunal Correctionnel de Tlemcen prononcera, le 18 février 1954, 3 condamnations à 4 ans de prison, 9 à 3 ans, 21 à 2 ans, et 3 à 1 an, peines assorties de 3 à 10 ans d’interdiction de séjour.

L’origine « extérieure » de ces incidents ne semble pas faire de doute. Certains Nédromi s’en souviennent comme du jour ou « les gens de Ghazaouat et les Kabyles vinrent semer le désordre à Nédroma ». Selon certains témoins, il y eut d’abord, à l’origine de l’émeute, une bagarre dans un café maure, entre messalistes et partisans de l’U.D.M.A., peut-être à propos de la vente du journal, certains brandissant des chaises et criant « Vive Messali Hadj !  »

Un Conseiller Général communiste, M. Pelozuelo, après avoir fait une enquête sur place à la suite de ces incidents, intervient en ces termes à la séance du 21 octobre du Conseil Général : « Jeudi 15 Octobre à 9 h 30, de jeunes musulmans distribuaient des tracts et diffusaient un numéro de « L’Algérie Libre ». Ces tracts et ces numéros étaient dans le cadre de la légalité. Trois jeunes musulmans furent interpellés par un gendarme qui demanda à l’un d’eux de cesser cette distribution et le gifla. Il y eut un attroupement, le gendarme perdit son sang-froid et tira un coup de feu dans la foule : un paysan, père de six enfants, âgé de 45 ans, fut mortellement blessé.

« L’administrateur vint, accompagné de deux gendarmes ; aussitôt, dans la foule, il s’empare de deux jeunes gens et les emmène dans un bar. Automatiquement, de nouveaux attroupements se forment réclamant la libération immédiate des deux emprisonnés. L’administrateur lâche les deux prisonniers, mais repart chercher du renfort. Cependant l’homme qui avait été mortellement blessé agonisait. Dès que la population eut appris cette nouvelle, il y eut des coups de part et d’autre. Une demi-heure après, la légion de Béni-Saf arriva, et un peu plus tard des gardes mobiles de Tlemcen, mais à ce moment-là, il ne restait plus rien au marché, les paysans et les ouvriers, laissant marchandise et recette, avaient déserté les lieux.

« A la fin de la matinée aucune arrestation n’avait été opérée, et c’est le soir, vers 18h30, que tous les douars environnant de la région de Nemours et de Nédroma furent envahis par les gardes mobiles et la légion de Béni-Saf. Tous les douars furent encerclés ; un avion qui, de temps à autre, piquait vers le sol et volait en rase motte, semait la panique parmi les femmes et les enfants encerclés. Le douar Berni était plus particulièrement cerné, ainsi que la maison du mort. »

Quoi qu’il en soit du détail des incidents, leur origine M.T.L.D-P.PA ne fait pas de doute, soit qu’ils aient été préparés par des tracts – selon certains -, soit qu’ils se soient développés spontanément à l’occasion de la diffusion d’un numéro interdit du journal. Il semble également établi que la masse des Nédromi citadins n’y prirent pas part : la répression frappa uniquement les campagnards.

Ces incidents mettent ainsi à jour les implantations des partis : U.D.M.A. à Nédroma, M.T.L.D: P.P.A. parmi les « tribus » des environs. Il faut cependant reconnaître que, à la suite des condamnations prononcées en février 1954 contre les participants à ces incidents (ou du moins supposés tels), un télégramme de protestation fut adressé aux autorités par l’ensemble des organisations algériennes : M.T.L.D., U.D.M.A. Association des Ouléma, P.C.A. Scouts Musulmans Algériens, C.G.T. etc…

Selon le témoignage d’un militant M.T.L.D. présent à Nédroma à cette époque, la journée du 15 octobre aurait été préparée par une réunion de militants, et il avait été convenu que ces militants viendraient en force ce jour-là pour assurer la protection des diffuseurs de l’organe M.T.L.D., l’Algérie Libre, dont le N° 81, du 3 octobre, venait d’être interdit.

Il faut noter que le M.T.L.D., en accord avec le « Comité de soutien aux victimes de la répression », venait d’organiser dans toute l’Algérie, à partir du 3 octobre, une « quinzaine de lutte contre la répression ».

Cependant, il semble que tous les militants n’étaient pas arrivés des tribus environnantes lorsque les incidents se déclenchèrent au marché. Après que l’agent de police Zekri eut blessé grièvement le militant Ben Daoud Mohammed, les manifestants voulurent attaquer la mairie ; l’administrateur Le Sept serait sorti alors et aurait été blessé d’un coup de matraque. Devant l’intervention des forces de police, les manifestants parcoururent les rues de la ville en criant « al-djihad », puis s’enfuirent dans leurs villages.

Dans son N° du 3 novembre 1953, l’Algérie Libre dénonce « l’odieux assassinat « d’un militant M.T.L.D. dans l’échauffourée de Nédroma, le 15 octobre, et poursuit
« L’assassinat de Ben Daoud Mohammed porte à 26 le nombre des militants tombés sous les balles de l’impérialisme en Algérie et en France depuis octobre 1948. » Le journal conclut en flétrissant la « véritable terreur » qui s’est abattue sur la région de Nédroma, et les « tortures » qu’auraient subies, en prison, les militants arrêtés ».

De fait, les jours suivants, la plupart des militants M.T.L.D. des villages environnants, préalablement repérés et fichés, furent amenés des douars à la gendarmerie, par camions entiers, et y subirent de mauvais traitements, 52 furent retenus, traduits en justice, condamnés par la cour de Tlemcen le 18 février. La Cour d’Appel d’Alger atténua ces peines le 18 mai, et l’Algérie Libre du 21 mai écrit : « Malgré ces améliorations de principe, qui montrent dans quel état d’esprit les juges de Tlemcen avaient rendu leur décision, la volonté de répression contre le Mouvement National persiste ».

L’AFFAIRE DES « SEPT MUSULMANES DE NEDROMA ».

Le Bulletin Politique Mensuel de janvier 1954 narre ainsi l’incident.

« Le 21 janvier, à « Djemaa Sakhra » (Souahlia, près de Nédroma), huit gendarmes qui venaient de procéder à l’arrestation d’un délinquant ont été lapidés par des musulmanes : sept d’entre elles, arrêtées, ont été condamnées le 26 janvier à trois mois de prison. Cette utilisation des femmes mérite d’être soulignée ».

Quelques jours après, un tract est diffusé : « La répression s’abat maintenant sur nos femmes ». Une réunion de solidarité est organisée le 11 février à Tlemcen par la section locale du M.T.L.D. Enfin l’Association des Femmes Musulmanes d’Algérie participe à la diffusion des tracts et agit dans les lieux de rassemblement habituels des femmes, c’est-à-dire les cimetières et les bains maures.

Dans cette affaire, intervenant à la même période que les condamnations relatives à la journée du 15 octobre, se manifeste une unité d’action et de protestation entre les diverses organisations algériennes. A partir du 1er novembre 1954, elles seront toutes fondues dans l’action unique menée par le Front de Libération Nationale. Cependant les différences antérieures continueront à apparaître dans le mode de participation: l’action directe sera davantage le fait des « Kabyles », alors que les citadins restés sur place apporteront essentiellement leur contribution financière et leur assistance.

VIII – LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA LUTTE POUR L’INDEPENDANCE 1954-1962

C’est dans la nuit du 1er au 2 octobre 1955 que commence véritablement l’action armée à Nedroma. Les gardiens de nuit sont attaqués tandis qu’un cantonnement militaire à 5 km de la ville est assailli durant plusieurs heures, dans la ferme ou il est installé. Les jours suivants, d’autres fermes des environs seront attaquées.

A la mi-octobre, une vaste opération de contrôle s’effectue dans le quartier populaire de Sidi-Abderrahmane, et aboutit à l’arrestation de nombreuses personnes. Le 7 novembre, une opération importante se déroule dans le Djebel Zakri, sur le territoire des Djebala.

Le 7 mars 1956, alors que le préfet d’Oran est de passage à Nedroma, un gardien de la paix, Roger Médina, est blessé de plusieurs coups de feu devant la médersa. Le préfet décide aussitôt la fermeture de celle-ci, et l’internement administratif de plusieurs personnes. La répression se poursuit durant tout le mois, pour aboutir à l’arrestation de six employés de la commune mixte.

Le jeudi 10 mai, une vaste opération de contrôle visant toute la population de la ville, et comportant la fouille systématique de toutes les maisons, doit être brusquement interrompue vers 14 heures, les légionnaires devant se porter au-devant d’un groupe de maquisards à quelques kilomètres de la ville.

A la mi-juillet a lieu la première « bataille du Fillaoussène » à laquelle participent l’artillerie et l’aviation : les combats se poursuivent durant deux jours. Des engagements aussi violents se déroulent au début de septembre dans le Djebel Zakri. Les accrochages sont d’ailleurs très fréquents dans toute cette zone montagneuse.

Le vendredi 30 novembre 1956, deux bombes explosent en plein centre de la ville, dans la maison du rabbin Haziza et dans la boulangerie Midoun : le bilan est de 26 morts et de 10 blessés graves.

Une nouvelle opération est montée au début de 1597, ayant pour objectif la fouille des grottes du Fillaoussène.

Le dimanche 3 février 1957, deux bombes explosent à Nedroma : la première dans la maison Sahut, la seconde à la station d’essence Levy. Les attentats causent 7 morts (principalement israélites) et des blessés.

A la mi-avril, des accrochages importants se déroulent dans la région, en particulier la seconde « bataille du Fillaoussène ».

Le lundi 12 août 1957 se produisent à Nedroma de graves incidents, au cours desquels les tirailleurs sénégalais ouvrent le feu sur la foule assemblée au marché ; ce massacre reste dans le souvenir des habitants comme « la grande tuerie du marché du lundi » ; le bilan est d’au moins 50 morts.

Le 2 mars 1958 a lieu la dérisoire cérémonie du jumelage de Nedroma avec Levallois-Perret. Ce même mois, la présidence de la Délégation Spéciale de Nedroma est confiée à Slimane Belabed.

Les évènements de mai 1958 seront marqués par la création d’un Comité de Salut Public local, auquel participe essentiellement la population française. En décembre, le maire de Nedroma, Slimane Belabed, est élu député.

Quant aux opérations militaires, elles ont subi un net ralentissement à partir de fin1958 ; l’implantation de l’A.L.N. s’est considérablement réduite, et les gros accrochages ont lieu à l’occasion de tentatives de franchissement du barrage, à la frontière du Maroc.

Ce calme relatif dure jusqu’à la fin de la guerre. Il n’y a pas d’activité de l’O.A.S. dans la ville, du fait de la faiblesse numérique de la population européenne.

Le cessez-le-feu, puis le référendum de juillet 1962 marquent la fin de la lutte armée.

CONCLUSION

La profonde évolution subie par Nédroma au contact de l’Occident a atteint son point critique lors de cette dernière période. La simple évolution démographique est significative : entre 1954 et 1962, la population est passée de 7 000 à 12 000 habitants. Encore la cité a-t-elle perdu une grande partie de ses anciens habitants, pour accueillir un flot de réfugiés des campagnes environnantes, qui représentent plus de la moitié de la population. Si le mythe glorieux de la cité musulmane est encore présent dans l’esprit des Nédromi, sa réalité s’efface chaque jour davantage : paradoxalement la période de l’indépendance est aussi celle de la disparition de l’une des rares cités islamiques qu’avait conservées l’Algérie.

Gilbert GRANDGUILLAUME

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Un commentaire

  1. mansouri dit :

    salam .c’est un très bon travail.moi j’aime faire un recherche sur l’histoire de nedroma commune mixte <la vie économique et social…1880 – 1954<< et j'ai besoin d’aide au propos de plan de recherche et la bibliographie . merci et bon courage.

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