Histoire de Taount

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HISTOIRE DE TAOUNT, VILLAGE BERBERE

 Les Beni-Mansour, tribu berbère qui faisait partie des peuplades Mathghariennes et habitaient alors la région, pendant la domination des Almohades (1145-1238), furent placées pendant un certain temps sous l’autorité d’Abd-el-Moumen, le fondateur de la dynastie, successeur de Mahdi ibn Toumert. Elles avaient pour chef Khalîfa qui aurait bâti la forteresse de Touent pour les protéger. Après la chute de l’Empire Almohade, Touent fut, à diverses reprises le théâtre des guerres entre les Beni-Abd El Wâd, rois de Tlemcen et leurs cousins, les Mérinides, rois de Fez.

Par deux fois assiégée, elle connut les rigueurs de la guerre et partagea le plus souvent les destinées de Tlemcen et les vicissitudes de sa voisine Nédroma, passant successivement des mains des Beni-Abd El Wâd dans celles des Mérinides et vice-versa.

La tribu des Beni-Mansour était donc une fraction des Matghâra qui avaient alors pour cheikh Haroun ben Mouça ben Chalifa el Meghari, petit-fils de Khalifa, fondateur de Touent. Lors de la guerre des Mérinides contre les Beni-Abd El Wâd , Haroun ben Mouçca s’étant déclaré pour le sultan Mérénide, Abou Yacoub Yousôf ben Ya’Qoûb ben ‘Abd el Hâqq, commença par s’emparer de Nédroma en profit de son maître. Mais le roi de Tlemcen, Yaghmorâsam ibn Zîan, (fondateur de la dynastie des Beni-Abd El Wâd ou Beni Zeiyan) réussit à lui reprendre cette ville ainsi que Touent.

En apprenant cette mauvaise nouvelle, le sultan mérinide accourut aussitôt au secours de son partisan avec une forte armée et réussit à chasser les forces Beni-Abd El Wâdites. C’était en août 1272. Mais avant de reprendre la route de Fez, il confia le commandement de ses nouvelles conquêtes à Haroun Ben Mouça et, comme la forteresse de Touent touchait à la frontière du pays qui formait le royaume de son ennemi, il la remplit d’approvisionnements.

Mais une fois installé dans Touent, Haroun Ben Mouça ne tarda pas à proclamer son indépendance. Mais dès que son vainqueur fut parti, Yaghmorâsam revint encore à la charge, s’empara de Nédroma et assiégea Touent pour la deuxième fois.

Ce n’est qu’après cinq années de farouche résistance qu’Haroun ben Mouça, ayant obtenu des conditions avantageuses, résolut de capituler. Il livra donc la forteresse au roi Yaghmorâsam en 1276. Laissant le commandement des Matghâra à son frère Tâchefin, il se rendit auprès du Mérinide Ya’Qoub Ben Abd el Haqq qui l’autorisa à prendre part à la guerre sainte. Mais il mourut en Espagne sur un champ de bataille.

Bien que devenue possession des Beni Abd el Wâd, Touent ne profita pas longtemps de la tranquillité qu’elle espérait avoir obtenue. En effet, après la mort de Yaghmorâsam qui survint quelques dix années plus tard, le 28 février 1283, c’est son fils Abou Saïd qui lui succéda. Mais le règne de ce nouveau sultan fut marqué, hélas, par la perte de Nédroma et Touent au profit des Mérinides du Maroc. Cette perte survint après le quatrième siège de Tlemcen grâce à la félonie, en 1298, du gouverneur de Nédroma, Zakarya-ibn-Yakhelef el Matghari et seigneur de Touent à cette époque.

Ces évènements se déroulèrent de la manière suivante. Comme Tlemcen résistait encore malgré sous ses efforts, Abou Yacoub, sultan mérinide, leva le siège vers le milieu d’octobre 1298.

Passant par Oujda, il y laissa son frère Abou Yhaya ibn Yacoub avec le corps Askéride qui avait tenu garnison à Taourîrt, près de Tlemcen. Suivant ses instructions, cette troupe se mit à faire de fréquentes incursions dans le territoire Abd el Wâdite et à dépouiller les voyageurs. Les habitants de Nédroma se voyant délaissés par leur souverain perdirent alors tout espoir d’être secourus par lui, et craignant pour leur vie, envoyèrent une délégation à l’émir Abou Yahya.

Celui-ci leur accorda sa protection à condition que ses troupes occupent leur ville et qu’ils reconnaissent l’autorité du sultan du Maroc. Le peuple de Touent suivit cet exemple et vers la fin de mars 1299, tous les cheikhs arrivèrent à Fez et présentèrent leurs hommages au souverain mérinide dont ils devenaient ainsi les vassaux. Ils le supplièrent aussi d’aller secourir leurs frères et de les arracher leur pays à la domination de leur ennemi, le fils de Yaghomrâsam. En décrivant la tyrannie de ce prince et la faiblesse de ses moyens de défense, ils inspirèrent au sultan la résolution de renouveler ses tentatives pour s’emparer de Tlemcen.

C’est ainsi que Touent se trouva au pouvoir des Mérinides au XIIIème siècle. Mais vers la fin de la première moitié du XIVème siècle, elle redevint possession des Abd el Wâdites de Tlemcen.

Après cinq années de farouche résistance, Haroun Ben Mouça ayant obtenu des conditions avantageuses, résolut de capituler. Il livra la forteresse de Taount au roi de Tlemcen en 675 (1276-7) et, ayant laissé son frère Tâchefin le commandement des Matghara. Il se rendit auprès du mérinide Ya’Qoub ben ‘Abed el Haqq qui l’autorisa à prendre part à la guerre sainte. Il passa donc en Espagne et mourut sur le champ de bataille. Quant à Tâchefin, il  mourut en 732 (1303-4), laissant à sa famille l’autorité qu’elle conservait encore à l’époque où Ibn Khaldun écrivait son Histoire des Berbères.

Devenue la possession de Beni Abd el Wâd, rois de Tlemcen, Taount ne devait pas jouir longtemps de la tranquillité. Yaghmorâsam mourut une dizainz plus tard, le 28 février 1283, laissant son royaume à son fils Abou Saîd. Le règne de ce nouveau suktan fut marqué, après le quatrième siège de Tlemcen, par la perte de Nédroma et Tlemcen, au profit des Mérinides du Maroc en 1298, en raison de la trahison du gouverneur de Nédroma Zakharya ibn Yakhelef el Matghari, seigneur de Taount.

Comme la ville (Tlemcen) résistait encore malgré tous ses efforts, il (Abou Yacoub, sultan mérinide) leva le siège au commencement de l’an 698 (milieu d’octobre 1298) et, passant par Oujda, y laissa son frère Abou Yahya ibn Yacoub, avec le corps Askéride qui avait tenu garnison à Taourîrt. D’après ses instructions, cette troupe se mit à faire de fréquentes courses dans le territoire Abd el Wâdite et à dépouiller les voyageurs. Les habitants de la ville de Nédroma perdirent alors tout espoir d’être secouru par leur souverain et de reconnaître l’autorité du sultan.

Le peuple de Taount suivit cet exemple et vers la fin de Djomada (mars 1299) tous leurs cheikhs arrivèrent à Fez et présentèrent leurs hommages au souverain mérinide. Ils le prièrent en même temps de marcher au secours de leurs frères et d’arracher le pays à la domination de leur ennemi, le fils de Yaghomrasâm.

En décrivant la tyrannie de ce prince et la faiblesse de ses moyens, ils inspirèrent au sultan la résolution de renouveler ses tentatives contre Tlemcen. (cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, traduction de Slane, tome III, pp140-141).

A la fin du XIIIème siècle, Taount se trouva ainsi au pouvoir des Mérinides. Elle dut suivre ensuite le sort de Nédroma qui, d’après M’hammed ben Rahal était le chef de-lieu de l’amalat de Metghara, qui comprenait Nédroma, tous les Trara, les Suwâhliya, Djabâla, les M’Sirda et toutes les tribus riveraines du Kiss. (cf. Aga si Hamza ben Rahal, Histoire de Nédroma, traduite par son fils, Si M’hammed ben Réhal, en 1877).

 OCCUPATION ESPAGNOLE

S’il existe des documents historiques se rapportant à l’occupation espagnole d’autres points du littoral algérien, comme Mers-el-Kébir (1505), Oran (1509), Honaîn (1531), etc…, il n’en existe malheureusement aucun où il soit question de Taount.

Cependant, s’appuyant sur un bas-relief en calcaire trouvé au mois de septembre 1886, dans une anfractuosité (côté nord) de la montagne de Taount, à 20 mètres environ au-dessus de la mer, M. Canal a cru devoir établir que c’est pendant l’intervalle de 1510 à 1535 que Taount fut occupé par les Espagnols (Canal ; note sur une découverte archéologique faite à Nemours, in : Bull. Soc. Géogr. et Archéol. D’Oran, 1887).

Il écrivait en effet, en 1888 : « Les Espagnols, après l’avoir occupé quelques années, à la fin du règne de Ferdinand le Catholique (1510-1535) et au commencement de celui de Charles-Quint, en furent chassés à leur tour par le Turc Baba-Aroudj (nom dont on a fait Barberousse).

Pendant cette période de l’occupation espagnole, un Gouverneur commandait à Taount et à Honaïn, ses troupes étaient parfois abandonnées sans solde et sans vivres, les pirates turcs traquant sans trêve ni merci, tous les navires qui tentaient de les ravitailler. C’est ainsi que, le 13 mars 1534, le gouverneur écrivait à Charles-Quint : les troupes sont criblées de dettes, pauvres d’argent et dénuées des choses les plus nécessaires à la vie matérielle. Il est dû 18 mois de solde aux gens de cheval ». (Canal, les villes de l’Algérie : Nemours. Extrait de la Revue de l’Afrique Française, Paris Barbier, 1888).

Mais la thèse de Canal a été réfutée. Le Gouverneur auquel il fait allusion donner son nom s’appelait Don Inigo de Vallejo Pachéco et que ce général espagnol, d’après les documents publiés par Elie de la Primaudaie, dans son « Histoire de l’occupation espagnole en Afrique » (1506-1574) était seulement gouverneur de Honaïn.

Le nom de Taount ne se trouve mentionné nulle part. C’est donc par hypothèse que Canal le donne gouverneur de Taount et de Honaïn, et fait dériver le bas-relief précité, d’un monument funéraire « très probablement consacré, d’après lui, à la mémoire d’un des gouverneurs de la place de Taount, décédé ici, avec sa femme, pendant la durée de l’occupation espagnole ». (ce bas-relief en calcaire porte les têtes de deux défunts (?) mari et femme. Le mari a au cou un ordre en forme de croix pattée : grand cordon de Charles II d’Espagne se terminant par une croix latine (d’après Canal).

D’autre part, la lettre qu’écrivit Don Inigo de Vallejo Pacheco, gouverneur de Honaïn, (et non de Taount) à Charles-Quint, pour l’informer de ce que la garnison maquait de vivres et d’argent dans le termes que rapporte Canal, n‘est pas datée du 13 mars mais du 26 avril 1534. Somme toute, la question de l’établissement des Espagnols sur le plateau de Taount est encore hypothétique, faute de documents.

En tout état de cause, Honaïn n’étant qu’à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de Taount, une partie de la solide garnison de Honaïn a pu parcourir la contrée, soit pour se livrer à des coups de mains ou à des razzias, soit pour lever un impôt.

Cette dernière hypothèse est très plausible. Il existe en effet dans les Béni Mnîr à Oulad Sidhoum, un vieux caroubier dénommé par les habitants le Caroubier des trônes sous lequel, au temps de l’occupation espagnole, le gouverneur venait avec ses officiers et ses soldats pour lever un impôt. (renseignements de Sidi Mohammed Yazit ben Mohammed ben Laredj, secrétaire du Marabout de Sidi Ben Amar de Nédroma – juillet 1931).

LA DOMINATION TURQUE

Djemâa-Ghazaouât

 Sous la domination turque, le nom de Djemâa-Ghazaouât ; qui signifie « la réunion des pirates », désignait la bourgade de Taount devenue comme Oran et Honaïn, un nid de forbans et d’écumeurs de mers, bien connus dans l’Histoire sous le nom de « pirates barbaresques ».

A cette époque, sur l’emplacement occupé actuellement par les constructions urbaines, s’étendaient des jardins et des vergers. L’oued Taount, aujourd’hui détourné, coulait au pied même de la falaise Est, en bas et le long du quartier de « Brigandville », bâti sur le flanc de la montagne de Taount.

Vers l’ouest de la vaste plage, l’oued Ghazouanah, beaucoup plus important que le premier, se jetait dans la mer par un estuaire assez large, devant lequel les grosses mers formaient une barre qui ne se rompait que sous la violence du courant.

D’après la tradition, la mer qui se confondait aux moments des crues avec le torrent de Touent, arrivait jusqu’au lavoir public, désigné plus communément sous le nom de « bassin », à proximité de la porte dite de Touent (Taount).

Il y avait donc, à cet endroit, une petite crique naturelle où les eaux étaient constamment calmes. C’est dans cette petite crique, complètement dissimulée à la vue des navigateurs passant au large de la côte, que les pirates amarraient leurs rapides felouques à deux mâts légèrement inclinés en avant et pouvant se déplacer aussi bien  la voile qu’à l’aviron.

Perchée sur la montagne de Taount qui dominait la mer et la crique, les vigies scrutaient l’horizon. On peut encore y voir les traces d’une petite de vigie de forme carrée.

La population de Taount était hétérogène. Elle se composait de Berbères, d’Arabes, de Maures andalous chassés d’Espagne, de Turcs, de renégats, etc… Elle n’hésitait pas à allumer de grands feux à la nuit tombante pour faire échouer les navires et s’emparer de leur cargaison. Si d’aventure, il y avait des femmes à bord, ils emmenaient à Taount pour en faire leurs esclaves ou leurs épouses.

De ce mélange est sortie une génération d’un type particulier, remarqué pour la première fois par le lieutenant-colonel de Montagnac, en 1844, lorsque les Français vinrent s’installer sur ce point du littoral de la province d’Oran.

« Les hommes y sont plus proprement vêtus que ne le sont ordinairement les Arabes, écrivait-il à son oncle, et les femmes sont dans leur mise plus de coquetterie que les autres. Elles arrangent assez bien leurs cheveux ; on retrouve chez elles le type espagnol et italien. Ce ramassis de masures informes, dit-il, en parlant du village de Taount qui domine la baie, est un nid de forbans qui fournissait d’audacieux pirates qui se sont enrichis en écumant la Méditerranée.

« Ils ont dû aussi, dans leurs expéditions, enlever quelques femmes, surtout des Espagnoles et des Italiennes : de là, cette différence dans le type et cette recherche dans la mise que l’on ne trouve pas chez les femmes arabes ». (Lieutenant-colonel de Montagnac. Lettres d’un soldat, Djemmâa-Ghazaoûat, le 6 septembre 1844, à M. Bernard de Montagnac).

En 1925, le regretté Doumergue écrivait dans « Le bulletin de la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran, tome XLV : Contributions au préhistorique de la province d’Oran, note 1 : « Fait curieux, les Berbères de Nemours, généralement blonds, ont beaucoup plus que ceux des autres régions, le faciès européen. Si les fillettes et les jeunes femmes étaient habillées à l’européenne, il serait bien difficile de reconnaître leur origine berbère ».

Après l’occupation turque de Tlemcen, la région de Nédroma-Nemours, (dont les gens d’après Gramaye, étaient alliés aux Matghara et ne payaient qu’un faible tribut) fut en butte aux convoitises des Chorfas du Maroc.

« En 1061 hégire (1651 de J.C.), écrivait Basset, Moulay Mohammed ech Chérif, chef de la seconde dynastie des chorfas, après avoir ravagé le territoire des Béni Iznacen, s’être emparé d’Oujda, avoir soumis les Béni Snous, et le Ouled Zekri, marcha sur Nédromah et envoya des partis contre les Matghara, les Guedima, les Trârâ et les Oulhâsa ; puis il revint à Oujda. Une seconde invasion marocaine eut lieu en 1089 hégire (1678-1679), conduite par Moulay Ismaïl qui s’avança jusqu’au Chélif. Les Turks reconnurent au Maroc la Tafna pour limite. Mais cette convention ne fut pas exécutée, car une garnison turke continua de résider à Nédromah ». (René Basset – Nédromah et les Traras – Paris 191 Pointe-à-Pitre 15-16).

C’est le voyageur anglais, Thomas Shaw, chapelain de la factorerie anglaise d’Alger, qui a révélé à l’Europe, au cours de la première moitié du XVIIIème siècle, le nom de « Twunt » (Taount), dans le récit de ses « Voyages ou observations relatives à plusieurs parties de Barbarie et du Levant », ouvrage publié à Oxford en 1738, traduit en français et publié à la Haye en 1743.

Dans cette première édition française on peut lire (p. 24) : « Twunt (Taount) village frontière des Algériens sur la mer est à sept lieux à l’Est-Nord-Est de Maisearda (il s’agit de M’Sirda) et a un petit fort ».

Enfin, sous le règne du dernier Dey Hussein, la région de Nemours-Nédroma était habitée par la confédération des Suwâhliya qui faisait partie, d’après Louis Rinn de la catégorie des alliés ou vassaux autonomes, reconnaissant la supériorité des Turcs mais payant un tribut.

« Certaines tribus alliées ou vassales écrivait Rinn, différaient par des meilleures tribus makhzène. Toutefois, elles avaient sur celles-ci l’avantage de pouvoir choisir leurs chefs, au lieu de recevoir un caïd turc pour les commander. Plusieurs, à titre d’hommage, payaient un impôt fixe (ghomara) qui, quelques fois, se réduisait à un cheval de gada et à quelques moutons, et qui, en tout état de cause était toujours moindre que les impôts hokar, achour et zekkat prélevées sur les tributs rayat. Ces confédérations et ces fiefs héréditaires, alliés ou vassaux, étaient autonomes ; les chefs élus, traditionnels ou dynastiques, avaient droit de haute et de basse justice, c’étaient autant de petits Etats ayant leurs lois et leurs organisations particulières ». (Louis Rinn, Le royaume d’Alger sous le dernier dey, Alger 1900).

Le nom de Nemours figure sur la carte en couleurs dressée par l’auteur. D’après la teinte qui s’y trouve, on peut en déduire que la situation des habitants de Djemâa-Ghazaouât a été la même que celle des habitants des Suwâhliya, des M’Sirda ; Djbâla et Achache, confédérations autonomes et payant un tribut et qui concouraient à la formation, dans la région des « Douairs et Zméla » de l’Outane de Nédroma, compris lui-même dans le Beylik-Ouahrân, dont Ouahrân, c’est-à-dire Oran, était le chef-lieu depuis 1792, après avoir été successivement à Mazouna (de 1515 à 1700) et à Mascara de 1700 à 1792.

Après l’arrivée des Français en Algérie, par le désastreux traité de la Tafna (30 mai 1837), la région de Djemâa-Ghazaouât passa officiellement sous la souveraineté de l’Emir Abd el Kâder jusqu’au moment où ce dernier rouvrit les hostilités, en novemùbre 1939, et proclama la guerre sainte à la suite de l’expédition française des Bibans (passage des Portes de fer), qu’il considérait comme une violation manifeste du traité qui, dès lors, fut définitivement rompu.

A la période de l’occupation restreinte allait succéder l’occupation totale décidée par la France à partir de 1841 et réalisée par Bugeaud. Quoi qu’il en soit, la plage de Djemâa-Ghazaouât ne fut occupée par les Français qu’en septembre 1844, date à laquelle elle fut choisie par le générale Lamoricière comme point de débarquement et de ravitaillement des troupes opérant sur les confins du Maroc.

  LA BOURGADE DE TAOUNT

(Djemâa-Ghazaouât) à l’arrivée des Français

 La bourgade de Taount existait encore en 1844, lorsque les Français vinrent s’installer sur la plage de Djemâa-Ghazaouât, pour y fonder le poste militaire qui devait prendre, en décembre 1846, seulement le nom de Nemours.

Le lieutenant-colonel de Montagnac, choisi par le général Lamoricière, en fut le fondateur et le premier commandant supérieur. Quatre jours après son arrivée, il écrivait à Monsieur Bernard de Montagnac, en parlant de la montagne de Taount : « Le rocher qui borne la plage à l’Est est couronné d’une espèce de village construit en lave, où existe une population de trois ou quatre cents âmes, d’une belle race. Il est intéressant de noter ici, que 26 ans auparavant, en 1818, la population de Taount avait été décimée par la peste qui, d’après ce même officier supérieur, avait été apportés par des navires que les flibustiers avaient capturés ». (Lieutenant-colonel de Montagnac. Lettres d’un soldat, Djemmâa-Ghazaoûat, le 6 septembre 1844, à M. Bernard de Montagnac).

D’après Basset (Nédromah et les Trâras, p. 29), l’épidémie qui ravagea tout le Maghreb et emporta un certain nombre de personnages à la même époque, aurait été apportée d’Egypte, en 1233 H. (1817-1818) par les pèlerins de la Mecque.

En 1845, lors du fameux désastre de Sid Brahim que connut l’armée française et où de Montagnac trouva la mort, les habitants de Taount qui jouèrent un rôle équivoque, se mirent à abandonner leurs maisons, le 26 septembre par crainte des représailles et aussi, disaient-ils, parce qu’ils craignaient Abd el Kâder et les Trârâ. En réalité, le caïd de Taount, Ahmed ben Ahmed, était chez les Trârâ qui tiraillaient sur les avant-postes français.

Quoi qu’il en soit, le capitaine Bidon, commandant de la place, convoqua le jour même le conseil de défense qui décida d’occuper sans retard, la mosquée de Taount, la fameuse Djâma bou Nour. On y monta un obusier, et 30 sapeurs, commandés par un sergent, s’y installèrent. Les Arabes devaient venir le soir même faire irruption de ce point-là dans le poste de Nemours qui se trouvait tout à fait à découvert; la précaution était donc bonne. (Azan, Sidi Brahim, documents contemporains, n°43. Archives Historiques du Ministère de la Guerre, Algérie, situation des places 1845 – Voir aussi documents n°30).

Cependant, le 15 octobre 1845, les anciens habitants de Taount adressèrent au commandant supérieur de Djemâa-Ghazaouât, une lettre dans laquelle le Caïd Ahmed ben Ahmed Ibrahim ben Kaddour et tous les gens de Taount exprimaient le désir de revenir dans leur village abandonné. « Si nous avons fait du mal, disaient-ils, vous pouvez arranger cela pour le mieux. Si vous voulez nous mettre en prison nous sommes à votre disposition et vous pouvez nous faire grâce après. »

Après avoir lu cette lettre, le commandant supérieur répondit le jour même aux habitants de Taount et à la tribu des Suwâhliya qui lui avait aussi écrit pour connaître ses dispositions à leur égard.

« Je ne suis pas habitué à composer avec mes ennemis ; que ceux qui ont besoin de moi viennent me trouver. Je suis chef et ne veux avoir affaire qu’aux chefs. Vous me demandez la promesse qu’il ne vous sera rien fait, mais vous n’êtes pas les plus forts pour me faire les conditions. Je vous le répète, que ceux qui ont besoin de moi viennent, je les entendrai. Quant à rentrer dans votre village, le lieutenant général de Lamoricière seul peut vous l’accorder. Si vos chefs n’osent pas venir de suite chez moi, qu’ils y viennent le jour où la colonne arrivera, je les présenterai au Général et il décidera du sort de ceux qui ont à se reprocher une trahison ». (Azan, Sidi Brahim, documents contemporains, n°89. Archives Historiques du Ministère de la Guerre, Algérie, correspondance 23 octobre 1845).

Huit jours plus tard, le maréchal Bugeaud écrivait au général du génie Charon, du «Bivouac des Scorpions», au sujet des habitants du village de Taount : « Si cette petite population a trempé dans la révolte, nous sommes entièrement dans le droit de posséder ces habitations. Si elle n’y a pas trempé, on pourra l’indemniser plus tard du tort qu’on lui aura fait et, en attendant, elle s’établira dans les villages voisins ».

Là se termina l’histoire de Taount qui fut complètement rasée, disparaissant ainsi subitement, à la fin de la première moitié du XIXe siècle. Les habitants se fixèrent à Sîdî Amar qui était leur «Azib» et dans les villages des Oulâd Zîrî et des Suwâhliya auxquels ils appartenaient. (Azan, id., Bugeaud à Charon du bivouac des Scorpions, 23 octobre 1845, Archives Historiques du Ministère de la Guerre, Algérie).(Canal, Le Littoral des Trara, Tlemcen, 1888, p.135).

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 LES RUINES DE TAOUNT

 Sous l’action conjuguée des intempéries et des destructions systématiques causées par les chercheurs de trésors », ces Vandales du XXème siècle, ces ruines tendent de plus en plus à devenir méconnaissables et disparaître, au détriment de nos connaissances. Aussi,, était-il urgent, croyons-nous, de les sauver de l’oubli, en les signalant à la bienveillante attention de ceux qui s’intéressent au passé des villes mortes de la Berbérie.

Quoi qu’il en soit, le système défensif de cette bourgade fortifiée du Maghreb Central comprenait essentiellement une enceinte et une qaçba.

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 L’ENCEINTE DE LA BOURGADE

 Malgré sa situation privilégiée Taount possédait, du côté de la terre, une enceinte dont il est facile de restituer le tracé par les vestiges qui subsistent au ras du sol. Cette enceinte, construite un peu en contre-bas du plateau, suivait les sinuosités du terrain. Elle partait de la tour d’angle de la forteresse (N°III) de la forteresse, parcourait 22 m. 20 en direction Sud où elle se raccrochait à un premier bastion ruiné dont la dace mesurait 3 m. 40 et les flancs : l’un 3 mètres et l’autre 5 m. 75 de longueur.

De ce bastion, l’enceinte obliquait vers l’Ouest, protégeant la cité proprement dite, du côté Sud, et allait, à 300 mètres environ plus loin, se raccorder à un autre bastion situé à l’extrémité Ouest du plateau, un peu au-dessous du fortin moderne construit par le génie militaire. Ce second bastion, qui mesure actuellement 4 m. 40 de hauteur, présente une face de 4 m. 30 de largeur et deux flancs mesurant respectivement 3 m. 80 et 4 m. 40. A l’Ouest de ce dernier bastion, l’enceinte parcourait encore une vingtaine de mètres et se terminait brusquement à pic sur la mer.

Il convient de rappeler qu’un oued aujourd’hui détourné, coulait jadis au pied de l’escarpement de Taount.

Ainsi, le système de de défense de cette bourgade ancienne comprenait, seulement du côté Sud d’où les attaques étaient à craindre une enceinte de pierres sèches surmonté d’un mur bétonné, allant de l’Ouest vers l’Est du plateau, en s’adaptant à la topographie du lieu.

Un fragment de cette enceinte, situé en avant de la tour d’angle n° III, laisse voir une assise de moellons (basalte, calcaire) supportant une petite surélévation en béton. Partout ailleurs, le béton s’est écroulé et il ne teste que le soubassement de moellons que l’on peut suivre aisément jusqu’à raccordement avec le bastion Ouest qui domine à l’Este la baie de Nemours.

 LES PORTES

 D’après la tradition, et aux dires des vieux habitants musulmans du pays, deux portes donnaient accès à la bourgade. L’une d’elles était percée à l’Ouest de l’enceinte et dominait le Mausolée de Sidi Moussa (Sidi Moussa était un homme pieux qui vivait, dit-on, près de la porte de l’enceinte, où il fut enterré par la suite). Cette porte avait pour nom la Porte de l’Aloès, (Bab el Çabra). Cette porte était surveillée et gardée par quelques soldats qui, vraisemblablement, occupaient le petit bastion en pisé situé à l’extrémité Ouest du plateau. Une deuxième porte située à l’Est, à proximité de la forteresse était appelée la porte principale (Bab El Aarida). Il ne reste aucun vestige de ces portes percées dans le mur d’enceinte. (renseignements fournis par Tâchefin Ahmed Ben Ahmed, âgé de 57 ans, (en 1948), dont le père était né à Taount).

  L’INTERIEUR DE L’ENCEINTE

 A l’intérieur de l’enceinte, la bourgade occupait la presque totalité du plateau, d’une superficie de sept hectares. On y voyait encore très nettement les ruines de nombreuses maisons carrées en pierres sèches, autour desquelles sont répandus d’innombrables débris de poterie, plus ou moins grossières. On y trouve encore de nombre considérable de silos dans lesquels les Berbères conservaient leurs grains, ainsi que de nombreuses grottes qui paraissent avoir été habitées comme en témoignaient les innombrables coquilles d’escargots que l’on trouvait en remuant un peu la terre et les débris de poterie et d’os.

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Il est visible que quelques-unes de ces grottes en partie naturelle ont été aménagées et même agrandies par la main de l’homme à une époque qu’il est impossible de fixer. Certaines de ces grottes présentent une ouverture sur la mer et sont très spacieuses.

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Il en existe plus d’une vingtaine ; quelques-unes sont séparées par des murs de pierres sèches ou par une cloison rocheuse naturelle, et communiquent entre elle par des ouvertures le plus souvent très étroites, ne livrant passage qu’à une seule personne à la fois. Certaines de ces grottes n’ont pu être explorées en raison de leur longueur, du manque d’air et de lumière et aussi par suite des éboulements qui se sont produits.

Ces grottes ont dû certainement être habitées par des Berbères et aussi très probablement par les pirates qui avaient fait de ce plateau, surtout pendant la domination turque, un véritable nid de forbans et d’écumeurs de mers.

  LA FORTERESSE

 Les ruines les plus intéressantes sont, sans contredit, celles du vieux château fort (quaçba) du Moyen âge qui formait un quadrilatère d’environ 2.956 mètres carrés et qui occupait une position stratégique très avantageuse à l’Est du plateau. Il n’en reste debout qu’un énorme pan de muraille en pisé d’une soixantaine de mètres de longueur, rongé par le temps et percé de trous irréguliers, représentant les vides laissée par les perches ayant servir de chevrons ? Ce pan de muraille est flanqué de trois tours barlongues, dont deux placées aux angles et une au centre, font saillie sur la courtine du côté Sud.

Ces tours sont accolées au mur non crénelé qui a une hauteur assez variable par suite de la forte déclivité du terrain. C’est ainsi que la tour que nous appellerons par commodité de l’exposition la tour n° I a une hauteur moyenne de 6 m.80 à 6 m. 95, la tour n° II : 12 m. 45 et la tour n° II, construite en contre-bas, par rapport à la seconde, a plus de 17 mètres de hauteur. Quant au mur lui-même, il a une épaisseur de 2 m. 25 à la base et de 1 m. 65 vers le haut.

Cette différence entre la base reposant sur le sol et le sommet provient de ce qu’il existe à la base de la courtine (côté interne) un étroit chemin de 0 m. 60 de largeur qui servait à accéder vers les parties hautes de la construction. Parfaitement horizontal, ce chemin partant de la côte 0, atteint rapidement 5 m. 96, rachetant ainsi les différences de niveau. Il permet assez facilement d’atteindre le sommet de la tour n° III d’où l’on pouvait ensuite accéder au chemin de ronde et aux autres Tours par une rampe pourvue de marches assez raides. Actuellement, il ne subsiste si parapet ni merlons. (Canal in : Le Littoral des Trâras, 1886, p. 127, écrivait : « les murailles dentelées à leur crête… ».

  LES TOURS

 Comme vu plus haut, la partie sud de la forteresse qui subsiste encore est flanquée de trois barlongues accolées à l’extérieur de la courtine. Deux sont des Tours d’angles. Les trois tours sont sensiblement placées à égale distance l’une de l’autre. En effet, la tour n° I est séparée de la tour n° II par un intervalle de 18 m. 25. La deuxième est distante de la troisième de 17 m. 60. Par contre, sur la face Est de la forteresse (face qui s’est effondrée et qui dominait à pic sur la mer la petite plage dite du « Tunnel », la tour n° III était séparée de la tour d’angle n° IV par un intervalle de 34 mètres.

L’existence de ces trois plus rapprochées les unes des autres sur la partie Sud de la forteresse, la seule qui subsiste aujourd’hui, donnait plus de solidité à cette partie la plus vulnérable de la construction. De sorte que, comme presque toutes les places du Moyen âge, la forteresse de Taount pouvait, le cas échéant s’isoler de l’enceinte extérieure déjà décrite et se défendre quand celle-ci était tombée aux mains des assaillants.

Ces Tours creuses construites en béton méritent d’être étudiées chacune séparément.

La tour d’angle de l’Ouest n °I  mesure 7 m. 94 de façade sur 4 m. 55 d’avancées, par rapport à la courtine. A l’intérieur, on ne distingue aucune particularité. Pas de traces d’entaille ou de saillie en arc creusée dans les parois internes ayant pu supporter une plate-forme ou une voûte. Cette tour d’une hauteur moyenne de 6 m. 80 à 6 m. 95 (c’est la moins haute des trois qui subsistent encore) ne comportait pas d’étages, de salle supérieure comme les deux autres dont il va être question un peu plus loin. A la base des parois intérieures, on peut voir encore seulement des traces d’un revêtement de plâtre grossier de 2 à 4 millimètres d’épaisseur.

La tour médiane n ° II, mesurant 8 m.85 de façade sur 4 m. 60 à 4 m. 68 de saillie, présente vers le milieu de sa hauteur une petite baie rectangulaire de 1 m. 50 x 0m. 85 environ, donnant accès dans la chambre inférieure. Intérieurement, cette petite chambre mesure 2 m. 90 x 3 m. 40 environ. Sur chacune des quatre parois internes, existe une entaille de 15 à 20 centimètres de profondeur et de 13 centimètres de largeur décrivant un plein cintre. Ces entailles établissent clairement que la plate-forme de la partie supérieure de cette tour était soutenue par une voûte d’arête construite de façon primitive. En effet, elle est constituée par quatre éléments de voûte (en plein cintre) partant des appuis aménagés dans les murs et se rejoignant aux angles pour former une voûte d’arête. La construction de cette voûte était d’autant plus aisée que les matériaux employés (briques plates et pleines notamment) étaient faciles à disposer en employant probablement un coffrage.

La tour d’angle de l’Est n° III, beaucoup plus large que les précédentes, mesure 9 m. 20 de largeur sur 4 m. 60 d’avancée. Elle repose sur un soubassement de moellons de roche (basalte). Son aménagement est intéressant à étudier et mérite de retenir quelque peu notre attention. En effet, comme certaines tours barlongues de l’enceinte de Mansourah, elle comprend deux petites salles rectangulaires, dont la plus grande (la plus orientale) mesure 6 m. 15 de longueur sur 1 m. 62 de largeur. L’autre, la plus petite, mesure 2 m. 95 environ de longueur sur 1 m. 62 de largeur.

Ces deux salles contiguës ne sont pas simplement divisées par un mur médian perpendiculaire à la courtine. Chacune d’elles possède un mur propre. Celui de la plus grande a 0 m. 75 d’épaisseur. Quant au second, il a 1 m. 05 d’épaisseur. Entre ces deux parois, existe un espace vide de faible largeur. Il semble bien d’ailleurs qu’on ne pénétrait pas dans les parties inférieures de ces petites salles ; ce qui le fait supposer, c’est qu’elles ne présentent, vers la base, aucune ouverture y donnant accès.

Quant au système de voûte, il diffère de celui déjà décrit. C’est ainsi que ces deux petites salles étaient recouvertes par des voûtes en berceau, si l’on en juge par le rainures assez profondes, décrivant un plein cintre, que l’on peut voir encore sur les deux parois internes de chacun des deux compartiments. Ces rainures en arc, creusées dans le béton, ont environ 13 centimètres de largeur. La forme et le volume du creux montrent qu’il s’agissait bien du logement exact ménagé dans la paroi pour recevoir les briques maçonnées, disposées concentriquement ; la brique du milieu de l’arc jouant le rôle de clef de voûte. Dans celle qui est creusée dans l’une des parois du compartiment le plus grand, on remarque encore quelques morceaux de briques en partie encastrées. Ces briques amorçaient la voûte en berceau qui s’est effondrée.

Cette salle de 6 m. 15 x 2 m. 50 ne comportait qu’une seule voûte en berceau tandis que la seconde, plus petite mais plus élevée, comportait deux étages au lieu d’un, et par suite, deux voûtes en berceau superposées l’une au-dessus de l’autre, comme dans certaines tours de l’enceinte de Mansourah, remarquablement étudiées et décrites par MM William et Georges Marçais. (Les Monuments arabes de Tlemcen, Paris, 1901).

Ces deux voûtes maçonnées se développaient entre les deux murailles où l’arc confortatif de l’extrémité était encastré. Les bords latéraux de la voûte trouvaient leur point d’appui sur une saillie longitudinale joignant l’extrémité des branches de chaque entaille en arc. La voûte ainsi construite supportait une plate-forme de béton.

Quant aux chambres inférieures, elles étaient couvertes par une plate-forme qui reposait vraisemblablement sur une charpente de thuyas, s’appuyant elle-même sur les saillies longitudinales de 15 centimètres de largeur, creusées dans les parois épaisses du béton. En somme, ces plates-formes ont été réalisées en couvrant l’espace qui sépare les points d’appui par un solivage constitué par la juxtaposition de rondins de thuyas reposant sur les saillies longitudinales creusées dans le béton des deux murs parallèles. Ces rondins résistent à leur poids et à leur surcharge, comme les poutres droites et exercent sur les points d’appuis des pressions uniquement verticales. Sur la charpente (rondins de thuyas juxtaposés) était pilonné du béton qui formait la plate-forme de la salle supérieure voûtée en berceau supportant elle-même une autre plate-forme bétonnée.

  MATERIAUX DE CONSTRUCTION

 Les matériaux utilisés pour la construction de la forteresse de Taount comprenaient : le bois, le béton, les briques, le plâtre et la pierre brute.

Le bois ne se retrouve que sous la forme de longrines (ou de perches) incluses dans le béton de la courtine et des Tours, sans doute pour consolider. Des quelques morceaux de bois en bon état de conservation qu’il a été possible d’étudier, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une espèce de cupressinée de la famille des conifères. C’est un petit arbre pouvant atteindre 5 à 6 mètres de hauteur et qui est appelé âarar. Cette essence forestière existe encore à l’état sporadique aux environs de Nemours et dans la région. Il n’est donc pas étonnant de voir ce bois, quasi incorruptible, si souvent employé dans les constructions militaires anciennes.

Quant au béton en question, il est constitué par un mélange de terre, de chaux et de cailloux de toutes sortes : basalte, schiste, débris de toutes sortes : poterie, briques, ossements d’animaux. En outre, comme dans la tour n° I, on pouvait dénoter la présence de nombreuses coquilles marines et quelques hélices terrestres.

Noyé dans un bain de mortier, tout cela était mêlé, mouillé et pilonné dans des coffrages de planches qui démontables, pouvaient resservir à volonté. Ces caisses rectangulaires, si l’on en juge par les empreintes très nettes qui subsistent sur la construction, avaient 0 m. 80 de hauteur et 2 m. 25 environ de longueur. Des madriers réunissaient ces planches entre elles. Ce sont eux qui ont laissé des trous circulaires (que l’on observe sur les ouvrages défensifs) quand on les décoffrait et qu’on enlevait les madriers pour continuer la construction en hauteur.

Le volume des vides ne dépassant pas 21 %, on peut dire que c’est un béton plein à base de chaux grasse, pas très homogène cependant et assez peu compact en certains endroits, par suite de la mauvaise granulométrie et du mauvais tassement. Le pilonnage, ayant été fait parfois sur des couches trop épaisses, a empêché la compression des couches profondes en emprisonnant au-dessus de la couche superficielle rendue compacte de nombreuses bulles d’air disséminées dans la masse.

Quant aux nombreuses fissurations que l’on observe en plusieurs endroits de la courtine et des tours, elles se sont produites soit pendant le durcissement, soit sous l’action des intempéries.

Les quelques briques qui ont pu être extraites sont pleines et rectangulaires, façonnées d’argile jaune ou rouge. L’une d’elles, d’agile jaune, provenant de la tour n° III, mesurait exactement 0m27 de longueur, 0m12 de longueur et 0m35 d’épaisseur. Quelques-unes avaient des dimensions plus réduites : 0m25 de longueur, 0m11 de largeur et 0m03 d’épaisseur.

Comme déjà précisé, on observe un revêtement de plâtre à la base de la tour d’angle n° I. En outre, on peut trouver çà et là, autour des ruines de la forteresse, des fragments de plâtre peint qui formaient vraisemblablement le revêtement mural de quelque salle.

Les pierres utilisées ont deux origines :

a)  Pierre d’origine ignée : pierres volcaniques (basalte, lave)

b)   Pierres d’origine sédimentaire : pierres calcaires et argileuses.

Ces pierres juxtaposées et superposées sans mortier forment le soubassement de la construction en plusieurs endroits.

  LES MOSQUEES

 Dans un rapport, en date du 1er mai 1962, sur la place de Nemours, rédigé par le Capitaine Chef du  Génie de l’époque, on peut lire : « les deux mosquées en ruines de Touent qui ont été organisées en blockhaus et qu’on a décorées du nom pompeux de Touent…).

Ainsi donc, à l’arrivée des Français, la bourgade de Taount, qui existait encore, était dotée de deux mosquées dont il ne subsiste actuellement aucun vestige. Cependant, celle qui était édifiée à l’Ouest du plateau, sur l’emplacement de laquelle le génie miliaire a fait construire un fortin qui domine à l’Est la baie de Nemours, jouissait d’une grande célébrité. La construction de ce fortin suscita à l’époque des démêlés très vifs avec les musulmans du pays, qui refusaient de le laisser bâtir.

On appelait cette mosquée Djâma bou Nour (Mosquée de l’Auréole). Ses murs écroulés, ses voûtes souterraines se remarquaient encore en 1886 et les habitants de la région venaient y déposer des petits drapeaux et des bougies. En décembre 1927, on pouvait encore voir à l’intérieur du fortin construit sur l’emplacement de la mosquée célèbre, une bougie neuve et plusieurs pièces de monnaie.

 « Sous le règne du Sultan Youssef Ben Tâchefin, de la dynastie des Almoravides (XIIème siècle de J.-C.), rapporte Canal, des hommes remarquables par leur piété étaient réunis dans l’intérieur de cette mosquée pour y faire leurs prières accoutumées. C’était pendant une nuit de ramadan : tout à coup, des lumières, brillantes comme celles du soleil, semblèrent descendre de la voûte et s’arrêter au-dessus du groupe qui était en prières, de sorte que la tête de ces personnages était entourée d’une auréole ou limbe lumineux. Ce prodige se reproduisit souvent, de la même façon, toutes les fois que des marabouts se mettaient en prières, pendant les nuits du Ramadan.

 « C’est en souvenir de ce phénomène miraculeux que les habitants ont conservé l’habitude de se rendre en pèlerinage à la mosquée le dernier jour du Ramadan.

 « Les habitants du Ribât de Taount eurent le bonheur de voir leur mosquée considérée comme un lieu saint ; elle fut dès lors regardée comme une succursale de la Mecque et les pèlerins qui s’y rendaient, s’attribuaient presque autant de mérite que ceux qui venaient de visiter la capitale de l’Islam.

 « L’Emir Abd El Kader ne manqua pas de s’y rendre en pèlerinage lorsqu’il eut établi son quartier général à Nédroma. A peine était-il prosterné pour faire ses prières dans la Djamâ Bou Nour, que le même miracle d’illumination se produisit pour lui et que sa tête fut entourée de l’auréole lumineuse en témoignage de sa sainteté et du choix que Dieu avait fait de lui pour combattre les infidèles.

 « On y venait de tous côtés, des Béni Ouassine, des Béni Bou Saïd (et de toutes les tribus qui constituaient l’aghalik de Marnia, des Béni Snassen, des Angad et autres territoires marocains situés sur la rive droite de la Moulouia. »

 Cette mosquée fut détruite très peu de temps après son occupation par les soldats français, en même temps que la bourgade elle-même fut, comme nous l’avons vu, évacuée au préalable sur l’ordre du Maréchal Bugeaud.

 LA SECONDE MOSQUEE

 La seconde mosquée dont on ignore le nom, était située, semble-t-il, à proximité de la forteresse et de la citerne située à 30 mètres à l’ouest de la tour n° I. On y faisait les prières quotidiennes et elle servait également d’école pour les enfants de la bourgade. Il n’est pas téméraire de penser que cette ancienne mosquée fut fréquentée à l’origine par les pieux musulmans qui occupèrent la forteresse ou plutôt le Ribât dès le XIème siècle de notre ère.

  LA CITERNE

 Une citerne voûtée assurait à l’agglomération l’eau nécessaire à son alimentation. Cette citerne (voir plan fig. 22 p.205). Un regard à peu près rectangulaire ayant 0 m 70 x 0 m 85 y donne accès. Elle possède une voûte en berceau et mesure 5 m 30 de longueur, 2 m 30 de largeur et 3 m 25 environ de hauteur.

Une conduite d’amenée d’eau aboutit à la partie supérieure de l’une des parois. Cette conduite, qui alimentait la citerne en eau est constituée par des tubes de poterie grossièrement façonnés, mesurant approximativement 30 cm de longueur et s’emboîtant les uns dans les autres par une extrémité plus étroite (ils ont de 8 à 9 mm d’épaisseur. L’extrémité la plus étroite de ces tronçons a 6,5 cm de diamètre et l’extrémité la plus large, 8,5 cm de diamètre). Il semble que cette canalisation partait de la forteresse en un point qui n’a pu être découvert.

Ces tronçons de tuyaux étaient recouverts d’un enduit de mortier qui assurait aux joints surtout, une parfaite étanchéité. Il est vraisemblable que cette citerne recueillait les eaux météoriques qui ruisselaient sur les terrasses ou les parties hautes de la forteresse voisine et qui étaient canalisées par la conduite précitée.

L’intérieur de la citerne était revêtu d’une couche de plâtre. Vers la base, on apercevait encore des capillaires et des mousses qui vivent là à l’abri de la chaleur. Comblée en grande partie par des blocs, cette citerne est devenue inutilisable et n’était donc plus utilisée.

Les habitants de la région rapportaient qu’il y avait une seconde citerne près de la mosquée Djâma Bou Nour. D’après eux, les aux ainsi recueillies étaient utilisées durant les périodes troublées, quand il était impossible aux habitants de Taount d’aller chercher de l’eau à l’Aïn Miseb, situé au pied de la colline de Sidi Amar. En outre, elles servaient aux ablutions rituelles.

BASSIN, AUGE OU ABREUVOIR

A 6 m 80 au nord de la tour médiane, existent les vestiges d’un petit bassin, sinon d’une rectangulaire, orientée au S.W. Construit en pisé très riche en chaux, avec des matériaux assez fins : petits cailloux, gravier, débris de poterie, sable, etc. Il mesurait 3 m 54 de longueur, 2 m 10 de largeur et 0 m 93 de profondeur. Les parois ont une épaisseur de 0 m 65. L’intérieur est maçonné à la chaux. Une partie de ce bassin s’est détachée et a roulé un peu plus loin (le terrain étant en pente).

Néanmoins, le raccordement est assez facile par la pensée. Sur les rebords, on observe la présence de briques rouges pleines dont quelques-unes mesurent 11 cm de largeur et 20 cm environ de longueur. L’on voit aussi une encoche creusée vers le milieu de la partie supérieure. On peut éventuellement penser qu’elle pouvait servir à supporter une poutrelle destinée à soutenir le système de fermeture qui pouvait être en bois. Ceci n’est qu’une simple hypothèse.

  LA TOUR VIGIE

 Sur la crête Ouest du plateau, à pic sur la mer, on voit, écrivait Canal en 1886, les restes d’une petite tout-vigie de forme carrée dont on avait profité pour l’établissement d’un phare provisoire aux temps de la conquête (J. Canal, le littoral des Traras, Tlemcen, 1886, p. 136). Selon toute probabilité cette tour-vigie existait au temps du sultan Mérinide, Abou’l-Hasan. Ibn Marzûk nous apprend en effet que son Maître, le sultan marocain Aboû’l-Hasan, créa un nombre d’enceintes et de vigies tel qu’on n’en avait jamais compté à nulle époque.

Qu’on en juge, écrit-il : « de la ville d’Asfi, limite extrême du littoral habité jusqu’au pays d’Alger (Gaza’îr Bani Mazgannân), terme du Maghrib moyen et limite du pays d’Ifrîkîya, il y a tant d’enceintes et de vigies que si l’on allume un feu au sommet de l’une d’elles, le signal est répété sur toutes en une seule nuit ou même une partie de la nuit, et cela sur une distance que les caravanes mettent environ deux mois à parcourir. Il y a dans chacune de ces enceintes de ce front des gens qui perçoivent une solde : ils sont chargés de regarder et de guetter et scrutent la mer. Une galère n’apparaît pas sur mer en direction du littoral musulman sans que des feux ne soient allumés sur le sommet des enceintes, pour avertir les gens de toute la côte de se tenir sur leurs gardes. »

Aussi, durant son règne fortuné, le littoral demeura-t-il sauf, et l’on ne vit plus de campagnards emmenées en captivité et attaqués en petit jour, ni de nomades, venant camper dans les régions côtières et sur le littoral, enlevés en grand nombre. (E. Lévi-Provençal) un nouveau texte d’histoire mérinide : le Musnad d’Ibn Marzuk, Hespéris, tome V, 1925, Chap. XXXIX, p. 61-62 de la traduction).

  PIECES DE MONNAIE

 Comme partout en Algérie, l’enfouissement des monnaies était pratiqué par les habitants de Taount. Pendant la guerre de 1914-1918, des tirailleurs qui creusaient une tranchée près du fortin moderne, à proximité de l’un de ces cimetières, mirent au jour deux petites poteries remplies de pièces d’or. En 1930, une autre pièce a pu être photographiée. N’ayant à peine qu’un demi-millimètre d’épaisseur, elle ne pesait que 4 g et avait approximativement 34 mm de diamètre. Les bords étaient usés et deux trous avaient été percés pour recevoir un lien de suspension et servir de pendentif.

Chacune des faces de la pièce (plus ou moins ronde) portait une inscription en caractères arabes inscrite dans un double carré. La date n’a pu être déchiffrée par les traducteurs, MM Derrer et Belhadj à qui elle a été soumise. Sur l’une des faces, on pouvait lire : « le possesseur du royaume le bien connu Sultan Mourad, fils de Soleiman », sur l’autre face : « le roi de la terre et de la mer, de la Syrie et de l’Irak, que Dieu rende éternel son royaume » (d’après cette traduction, cette pièce devait remonter au XVIème siècle, sous le règne du sultan des Turcs ottomans, Mourad III, qui régna de 1574 à 1595, après Sélim II auquel succéda à Soliman II, surnommé le Grand, le Magnifique et le Législateur).

Au mois de décembre 1927, dans une grotte deux autres pièces furent trouvées. Deux petites pièces de bronze, rondes, de 2 cm de diamètre, portant sur les deux faces le sceau de Salomon.

Puis, en 1936, à nouveau rois autres pièces furent trouvées, également en bronze, mais légèrement plus grandes que les précédentes (2 cent. ½ environ de diamètre) portant sur une face le sceau de Salomon et sur l’autre face la date de la frappe et une courte inscription. La première porte la date de 1285, la seconde de 1287 et la troisième de 1288.

Il existait deux autres pièces identiques, datées de 1288, dans la salle du rez-de-chaussée du Musée de Tlemcen et provenant de Guiard (Oran) (don de M. Brémond, inspecteur de l’Enseignement). Dans la notice manuscrite qu’il consacre à ces deux pièces semblables, M ; Paul Courtot écrit : « La frappe paraît bien européenne et médiévale. Il s’agit sans doute d’exemplaires de ces monnaies frappées en Europe surtout dans les villes italiennes pour le commerce avec la Berbérie. Pour faire mieux accueillir la monnaie par les Musulmans, on crut devoir en supprimer les effigies humaines que l’on remplaça par un symbole sémitique, comme le sceau de Salomon. »

DEBRIS DE POTERIES

 On retrouve sur le plateau de Taount des débris de poteries datant, tout au plus, du XIV siècle ou du XVème siècle. Certaines, assez rares, paraissent plus anciennes et plus grossières, de facture berbère, non cuites. A signaler encore la découverte de la partie supérieure d’une lampe en terre cuite, recouverte d’un enduit vernissé vert.

  LES LEGENDES

 Comme tous les lieux solitaires où existent des ruines anciennes, le plateau de Taount a donné lieu à de nombreuses légendes qui inspirent aux habitants une sorte de crainte superstitieuse.

Ceux-ci prétendent naïvement que la forteresse de Taount aurait été bâtie en une seule nuit par un artifice merveilleux sur l’ordre d’un sultan noir (peut-être s’agit-il du Sultan El Akhal, ou Sultan Noir ?) qui l’habita le premier !

« Ils croient aussi, rapporte Canal, que la partie de la Mosquée (Djâma Bou Nour) exposée au couchant a été l’œuvre des génies «rohaniin » ; ces derniers, après avoir laissé les ouvriers travailler aux autres côtés pendant le jour, attendaient la nuit pour accomplir leur tâche, de sorte que chaque matin on trouvait tous les murs à la même hauteur ».

Ils ont également convaincus que les sultans, leurs anciens maîtres, ont laissé des trésors considérables enfuis dans des casernes dont l’entrée est gardée par les mêmes génies. L’accès n’en sera permis qu’aux fidèles croyants auxquels le Seigneur révèlera le mot de passe mystérieux : le fameux « Sésame, ouvre-toi ».

Guendouz Sid Amar, un habitant de la région, a conté cette histoire dont il garantissait la rigoureuse exactitude : « un jour, il y a bien longtemps, le grand-père de l’un de ses vieux amis poursuivait un renard sur la montagne de Taount. A un moment donné, l’animal entra dans une grotte. En y pénétrant à son tour, le chasseur fut extrêmement surpris et effrayé de voir un noir assis tranquillement sur le sol, devant des monceaux d’or et de bijoux. Aussitôt, il remplit ses poches d’or sous l’œil indifférent du noir, mais quand il voulut sortir, l’ouverture de la grotte se ferma comme par enchantement. Il remit alors sur le sol ce qu’il avait dérobé, et, aussitôt, il s’aperçut que l’ouverture était de nouveau béante. Il voulut alors user d’un stratagème. Otant son burnous, il remplit le capuchon d’or et de bijoux, sortit seul de la grotte, et une fois dehors essaya d’attirer le vêtement à lui, mais au même moment la grotte se referma, déchirant le burnous en deux. ».

Les conteurs arabes rapportent encore qu’une négresse couverte de vêtements blancs immaculés, de clochettes d’or et de bijoux étincelants, se promène à pas lents, au crépuscule à travers les décombres de la ville ruinée et solitaire. C’est pourquoi les gens crédules ne s’attardent jamais le soir, dès que le soleil a disparu. Et si par hasard, quelque petit berger se laisse surprendre par la nuit, il rassemble et pousse hâtivement ses quelques moutons et chèvres aux longs poils soyeux, et presse le pas sans détourner la tête car il n’a pas la certitude absolue que, devant, lui ne va pas surgir l’énigmatique négresse dont le regard mobilise et pétrifie, ou les nègres féroces, doués d’une force peu commune, qui précipitent du haut de la montagne dans la mer glauque tous les curieux.

Il existe aussi une autre légende, rapportée par un vieil habitant de Nemours : « Un jour, le roi de Tlemcen, Yaghmorâsam-ibn-Ziad, sultan des Béni Abd el Wâd, vint rendre visite au pacha de Taount, nommé Yahya, qui caressait en secret l’espoir d’être sultan. Yahya refusa de payer à son suzerain, le roi Yaghmorâsam, la redevance pécuniaire qu’il avait coutume de lui verser chaque année et se proclama indépendant. Fort dépité, la souverain de Tlemcen feignit de prendre la chose du bon côté et repartit avec son escorte vers sa capitale.

 Quelques mois plus tard, Yaghmorâsam, surnommé à Tlemcen, Ghamrasen, résolut, pour en finir, de s’emparer de Taount par la ruse et de punir Yahya le félon. Il fit construire à cet effet deux cents coffres de bois (dans chacun desquels pouvait se cacher un soldat), et les fit transporter de nuit à dos de mulet, sur le plateau de Sidi Amar, à un endroit que les habitants appellent encore, en souvenir de cet évènement « Dar Ghamrasen ». Il y avait à cet endroit un vieux fort arabe et c’est donc là que le roi lui-même vint y camper avec une petite armée et y passer la nuit. A la pointe du jour, le roi ordonna à ses soldats d’entrer dans les caisses et dépêcha aussitôt un émissaire au Seigneur de Taount. Cet envoyé avait mission de l’avertir que le roi de Tlemcen allait arriver avec une escorte pour lui offrir de riches présents. Ne se méfiant de rien, le vaniteux Yahya s’empressa de faire ouvrir la porte principale de la citadelle par où entrèrent les caisses. Cette porte principale de l’Est prit par la suite le nom de Bab Khedâa, qui signifie Porte de la Trahison.

 Quand ils virent arriver les mulets chargés chacun de deux caisses, les gens de Taount introduisirent eux-mêmes dans la forteresse ces funestes coffres dans lesquels les guerriers de Yaghmorâsam, armés jusqu’aux dents, étaient cachés. A un signal convenu, les guerriers de Yaghmorâsam-ibn-Zîan firent jouer le système de fermeture de leur cachette et surgirent comme des démons en poussant de grands cris. Par la surprise et par la terreur et par la force, ils réussirent sans peine à se rendre maîtres de la citadelle de Taount. ».

C’est ainsi, précisa le conteur, que le roi de Tlemcen put rétablir son autorité sur cette partie de son territoire et nommer un autre pacha dévoué à sa cause, pour remplacer le vassal infidèle et parjure qui avait cru pouvoir s’affranchir si facilement de sa suzeraineté.

HAWITA DE LALLA GHAZWANA

 Lalla Ghazwana, femme à la très grande beauté, considérée comme une sainte, est inhumée dans une simple hawita de pierres sèches, près du fortin construit par le Génie militaire, à l’Ouest du plateau dominant, à l’Est, la ville et le port de Nemours.

Elle avait la réputation d’avoir été une femme guerrière d’un grand courage et chef des pirates et écumeurs de mer qui peuplaient la bourgade de Taount sous la domination turque. A cette époque, en effet, Taount, bourgade berbère du Maghreb central avait pris le nom significatif de « Djemâa-Ghazaouet » place des forbans et d’écumeurs de mer composés de berbères, d’arabes, de maures andalous chassés d’Espagne, de turcs et de renégats.

A sa mort, elle fut ensevelie dans la célèbre mosquée Djamâ Nour, qui existait autrefois sur l’emplacement même du fortin dont la construction, à l’époque, suscita des démêlés très vifs avec les pieux musulmans du pays qui obtinrent, par la suite, l’autorisation de pénétrer dans le fortin une fois par an pour y faire leurs dévotions.

Quoi qu’il en soit, le tombeau de Lalla Ghazwana, qui semble avoir été la sainte patronne de Taount, fut fréquenté pendant longtemps.

On racontait aussi qu’après l’arrivée des Français et la construction du fortin précité, elle apparut plusieurs fois à un dévot pour lui ordonner de faire connaître à tous ses coreligionnaires que sa dépouille mortelle ne reposait plus à Taount mais à Baghdad. Elle aurait rajouté, il est vrai : « que celui qui croit en moi visite le lieu de ma première sépulture s’il a une faveur à me demander ».

TAOUNT2 (18) (Copier) (Copier)

Source : Monographie de Djamma-Ghazaouât de Francis LLABADOR

4 commentaires

  1. Ali dit :

    Bojour, Dans quelle librairie peut-on se procurer la Monographie de Djamma-Ghazaouât de Francis LLABADOR et y a t’il des plans urbains ou des cartes historiques qui de l’époque coloniale ou antérieure ? merci

    • Zohra MALDJI dit :

      Bonsoir,

      Il n’existe nulle part d’exemplaire du livre de Francis Llabador. Il est épuisé depuis de nombreuses années et il est tout autant difficile de trouver des plans ou des cartes d’époque. Bonne soirée.

    • Nadia aci dit :

      Bonsoir j’ai réussi à me procurer une copie au niveau de l’eglise de Nemours l’actuelle bibliothèque de Ghazaouet. Si vous êtes d’Alger l’original existe au niveau de la bibliothèque des glycines d’Alger. Et il y figure des plan des différente tours et un croquis de l’ancienne bourgade.
      Bien à vous.

      • Zohra MALDJI dit :

        Bonsoir. Merci pour ce message et ces informations. Malheureusement, je ne suis pas d’Alger et ne puis donc aller voir ces croquis. N’y a t-il aucun moyen de se procurer ces plans et croquis ?

        Cordialement.

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